Le Foot : sport démocratique par excellence ?


Germany's Da Mbabi is tackled by Norway's Lund and Mjelde during their women's international friendly soccer match in Mainz

« Reclaim the park » et match Anderlecht-Gand ce 14 novembre!

De ce fait il (le foot) est, en un mot, universel. N’importe où dans le monde, avec un ballon en cuir ou une simple boîte de conserve on peut « jouer » au football. Cela facilite la capacité du plus grand nombre à s’approprier cette discipline à la fois sport, jeu, loisir et profession. Mais cette simplicité n’implique pas pour autant une forme de vulgarité. Il y a plus que cela dans le football : il y a des valeurs.[1]

Certes, le foot est joué partout dans le monde et dans toutes les classes sociales et est de ce fait loué pour ses valeurs démocratiques. Les histoires de joueurs issus de classes dominées, de « zéro à héros » font rêver plus d’un. Le foot d’élite est perçu comme un milieu qui transcende les problèmes de racisme et de reproduction sociale. « Le sport est l’espéranto des races.  » dixit Jean Giraudoux. Par la force de leur corps, par leur talent, par leur cœur et par leur motivation, des petits garçons des quatre coins du monde deviennent grandes stars. A un niveau plus accessible pour le commun des mortels, le sport d’équipe informel revêt une importance énorme dans la rue. Les enfants inoccupés, partout dans le monde, se rejoignent autour d’un ballon ou autre objet pour un apprentissage informel technique et spirituel, pour améliorer leur santé et surtout pour tisser du lien social. Les bienfaits des sports pour les jeunes ne sont plus à prouver, et les programmes étatiques ou autres qui les y encouragent sont très nombreux. Le foot étant le sport le plus aimé de tous et demandant très peu de moyens matériels est joué à tous les niveaux, partout, tout le temps. Le foot serait pour tout le monde. Tout le monde. Toute l’Europe donc, sauf cette petite part de l’Europe qui nait de sexe féminin,

En Belgique, les garçons constituent 80% des pratiquants des sports de combat et des sports collectifs.[2] Selon l’Eurobaromètre 2010, 43% des hommes européens et 37% de femmes pratiquent un sport stricto sensu, soit une différence de 6%.  Au Danemark : 12% filles participent à des compétitions sportives, contre 23% des garçons dans la tranche d’âge des 16-20. Les femmes qui font du sport sont beaucoup plus présentes dans les clubs de fitness que dans l’associatif sportif, constituant en Italie par exemple 60% de leur public. Les raisons évoquées pour la pratique d’un sport diffèrent également en fonction du genre, les hommes citant le dépassement de soi, le défoulement et la compétition, et les femmes privilégiant la santé et bien sûr l’apparence, qui doit être athlétique mais pas trop musculaire. Par ailleurs, seulement 19% de dirigeantes et entraineuses dans le sport d’élite en Europe sont des femmes. [3] La situation est nettement meilleure aux USA, où les sports féminins sont beaucoup plus développés de manière générale, mais le foot n’y a pas l’importance populaire qu’il a chez nous.

Parmi les raisons évoquées par les femmes pour expliquer cela sont le manque de temps, l’influence des paires (notamment pendant l’adolescence), l’influence familiale, le manque de modèles et la mixité. De plus, les femmes s’entrainant surtout en structures commerciales, plus accessibles et plus sécurisées que les parcs ou les coins de rue,  sont aussi les plus précarisées, et le manque de moyens financiers est parfois aussi évoqué. Ces raisons sont toutes des pendants d’un système patriarcal: elles manquent de temps parce qu’elles assurent les tâches domestiques et la garde des enfants ; la police de son corps, les dysmorphies corporelles, rendent très difficile le mouvement libre devant ses pair.e.s adolescent.e.s ; l’influence familiale, le manque de modèle et une mixité qui dérangent reviennent à une persistance des stéréotypes de genre. Les parents n’encouragent pas suffisamment leurs filles à faire du sport, et si elles le font, où sont leurs modèles ? Les sportives sont hyper-sexualisées, alors que c’est précisément pour contrer l’auto-sexualisation qu’il est important pour les femmes et filles de faire du sport. La mixité à l’adolescence est problématique parce qu’on sait que faire des gestes soudains, se donner à fond, être compétitive, revient à ne pas être féminin. Evidemment qu’on le sait : ce sont nos modèles de féminité qui nous l’apprennent ; on connait mieux les noms des femmes des Diables que les noms de l’équipe nationale féminine. Si le petit garçon rêve de devenir Messi ou Ronaldo, de quoi doit rêver donc la petite fille ? D’être sa femme.

Pourtant, la pratique d’un sport a une importance énorme pour les filles. Nous apprenons à définir nos corps entièrement en fonction du male gaze, et nous oublions ses fonctions propres : se déplacer, courir, jouir, jouer, se défendre, se sentir vivre, occuper le monde, se surpasser, se défouler, sont autant de fonctions alternatives à plaire aux regards masculins ou éviter le jugement de l’autre. La pratique d’un sport est un rappel de toute cette magie inhérente à notre existence corporelle, tridimensionnelle, réelle. L’apprentissage d’un sport collectif traditionnellement réservé aux garçons dans l’espace public a en plus une valeur subversive, et que les femmes et filles prennent goût à la subversion est magnifique et essentiel.

Des initiatives existent pour encourager les filles à jouer au foot. Der Kick für Mädchen !, une initiative allemande lancée en 2009, rassemble des filles adolescentes d’écoles difficiles dans une équipe de foot. Open Sundays, un projet suisse, vise à rendre accessible des espaces sportifs aux jeunes, avec des espaces réservées aux filles, dont le taux de participation monte alors à 37,8% en 2009, restant loin de la moitié. Ces très belles initiatives ne sont malheureusement pas suffisantes et les filles restent absentes des terrains publics sportifs. Baladez-vous dans n’importe quel parc de Bruxelles un jour ensoleillé, et vous verrez des garçons et hommes jouer et éventuellement des filles et femmes assises sur les bancs, occupées à les regarder, à les soutenir.

Dans les parcs, comme dans les clubs, comme à la télé, les filles et femmes sont soit absentes soit invisibles. ULB Sports n’a même pas d’entrainements de foot pour les femmes. Le jeu est pourtant intéressant, avec des femmes comme avec des hommes, à jouer comme à visionner. La Belgique a des équipes de femmes, et si leur niveau de jeu n’est pas celui de certaines équipes masculines, on peut rétorquer que les relations entre le niveau et la popularité n’est pas simple : publicité entraine argent qui entraine meilleurs entrainements qui entraine meilleur jeu qui entraine publicité, etc. En attendant, on peut déjà apprécier les matchs. Les prouesses techniques, l’esprit compétitif, les histoires humaines, tout ce que l’on aime dans le foot masculin est aussi présent dans le foot féminin, mais ces femmes persistent à jouer sans la presse, sans les supporters, sans devenir des symboles de fierté locale ou de succès, sans qu’on parle d’elles. Eric Cantona écrit «Quand les gens parlent de toi, c’est que tu existes. ». Je vous invite à faire exister avec nous ces joueuses et à prouver à Blatter qu’il ne faut pas habiller les joueuses en tenues sexy pour qu’on les regarde (http://www.francesoir.fr/sport/football/mauvaise-tenue-sepp-blatter-143909.html).

En ce faisant, peut-être pourrions-nous aussi développer le sens de communauté qu’apporte le partage de la culture du foot masculin, que les hommes peuvent prendre pour acquis ; peut-être pourrions-nous nous croiser dans la rue et dire « t’as vu le match hier ? ». Le lendemain de n’importe quel match masculin qui compte un peu, il suffit de cela pour lancer la conversation. En parler, comme le jouer, tisse du lien social : le foot est bien un véhicule magnifique de cohésion, d’amitié, de partage. Seule, je peux regarder un match de l’équipe de dames, mais je n’aurai personne avec qui en parler.

Regardons-les donc ensemble. Prenons-y goût.  Supportons, chantons, admirons les joueuses pour leur prouesse athlétique, refusons tout jugement sur leur physique et parlons-en le lendemain: « Z’avez vu le match les filles ? ». Jouons, aussi, occupons les parcs, qui sont occupés quasi exclusivement par des garçons et des hommes. Utilisons nos corps pour prendre la place que l’on mérite. Ces espaces publics, ces liens sociaux, cette culture démocratique du foot, cette camaraderie, cette appartenance, ces modèles peuvent nous appartenir aussi, prenons-les, ensemble, malgré les obstacles. Le foot a des leçons pour l’activisme : ce qui compte n’est pas si on gagne mais comment on joue. Le féminisme, comme le sport, va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre[4]. En féminisme, comme en sport, dès qu’on arrête, on régresse[5]. Parce que l’activisme collectif, comme le football, aussi bien que le rugby et le cricket et les autres sports collectifs, a le pouvoir de guérir les blessures[6].  Un monde où il est possible pour une femme d’être admirée sans l’obligation de féminité semble très lointain, mais comme disait l’entraineur Louis Fernandez, « échouer, peut-être ; démissionner, jamais. »

Eleanor Miller

PROGRAMME

Ce 14 novembre, ramenons un maximum de spectatrices-eurs pour le match RSCA Anderlecht-Gand à 20h30!

Ca se déroule à l’Euro 2000, à Tubize. Départ groupé en train, de Bruxelles-Centrale à 19h36, ou rendez-vous sur place.

Prix : 10,20€ place et train inclus ou 5€ la place. Inscriptions via mail à cerclefeministeulb@yahoo.com avant le 12 novembre pour celles qui veulent payer via le cercle.

« Reclaim the Park » : occupons les parcs de la ville le dimanche pour un match de foot. Première activité le dimanche 16 novembre à 16h. Détails à suivre!

ALLEZ LES MAUVEEES
[1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/06/11/football-et-democratie_1370647_3232.html

[2] http://www.kbsfrb.be/uploadedfiles/kbsfrb/files/fr/pub_1101_gestion_et_organisation_du_sport_en_belgique%20.pdf

[3]http://www.coe.int/t/dg4/epas/publications/Manuel2_Egalite_homme_femme_dans_le_sport.pdf

[4] Paraphrase de Pierre Coubertin

[5] Paraphrase de Marc Pajot

[6] Paraphrase de Nelson Mandela

N.B. : Google images pouvant être un bon indicateur des perceptions et représentations de la société sur divers sujets, nous vous proposons un petit aperçu des résultats obtenus autour du thème « femmes et foot » vs le thème « hommes et foot » (pour un aperçu de la représentation iconographique et sociale des hommes et des femmes de manière générale et hors de la spécificité foot, nous vous invitons également à taper simplement « femme » dans le moteur de recherche Google images et de comparer les résultats avec la recherche « hommes » dans le même moteur de recherche). Vous pouvez cliquer sur les images pour un grand format.

« Femmes Foot » :

Femmes foot google images

« Hommes foot » :

Hommes Foot Google images

« Femmes footballeuses » :

Femmes Footballeuses Google images

« Hommes footballeurs » :

Hommes footballeurs Google images

 

« RSCA Anderlecht femmes » :

RSCA Anderlecht Femmes Googles images

« RSCA Anderlecht hommes » :

RSCA Anderlecht hommes Google images

 

« RSCA Anderlecht » (1) :

RSCA Anderlecht Google images

« RSCA Anderlecht » (2) :

RSCA Anderlecht 2

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Etre femme chère aux frères ou être mathématicienne?

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En tant que féministes universitaires, on entend souvent que le féminisme est obsolète dans ce milieu, car l’égalité y serait acquise. Les systèmes d’éducation visent l’apprentissage à l’égalité, donc plus tu seras éduqué.e plus tu seras égalitaire, selon la logique (élitiste) des temps. Mais où sont formés les futurs preneurs de décisions qui sont responsables du maintien d’un système sexiste, raciste et classiste? Seraient-ils sourds à cet apprentissage ? Seraient-ils des exceptions? Auraient-ils développé leur vision du monde ailleurs qu’à l’université?

Sans parler du sexisme ordinaire dont souffrent toutes les femmes dans tous les milieux, qu’en est-il du domaine spécifiquement académique qu’est « la » science? En 2005, Larry Summers, président de Harvard à l’époque, crée un véritable scandale quand il suggère que la sous-représentation des femmes en math et en sciences s’expliquerait par une différence entre les sexes au niveau des capacités innées. Il declare: « There may also be elements, by the way, of differing, there is some, particularly in some attributes, that bear on engineering, there is reasonably strong evidence of taste differences between little girls and little boys that are not easy to attribute to socialization.” (Boston Globe, 2005). Ceci vient du président d’une des universités les plus respectées au monde. Le cercle féministe de Harvard à l’époque l’a attaqué pour ses remarques, et il n’a jamais été réélu à son poste, même s’il ne s’en porte pas plus mal (devenu millionnaire et membre de l’administration Obama). Continuer la lecture

La Suédoise est un Suédois

Le Cercle Féministe rejoint la Manifestation Nationale ce jeudi 6 novembre pour dire NON aux mesures antisociales !

Nous voilà donc avec un nouveau gouvernement. Si le gouvernement sortant n’était certainement pas à la hauteur des discours de son Premier Ministre socialiste, nous pensons fermement que le gouvernement rentrant ne fera qu’accentuer les problèmes sociaux et économiques de notre pays. Les entreprises peuvent se réjouir de cette coalition, mais, comme le déclarent nombre d’associations, syndicats et partis, les travailleurs vont souffrir ; les travailleurs souffriront, effectivement, et qu’en est-il des travailleuses ? Les travailleuses, comme toutes les femmes, souffriront, proportionnellement, plus que les hommes. Continuer la lecture