Appel à témoignages

Bonjour à toutes et tous :-)! 

Nous compilons une série de recueil de témoignages (consultables ici) sur le vécu des femmes en Belgique. Notre premier projet concerne les grossesses non-désirées:

Le Cercle féministe de l’ULB est à la recherche de témoignages de personnes ayant été en relation avec des plannings familiaux belges pour une possible grossesse et/ou une IVG.
Comme en témoigne cet article pour la France en milieu hospitalier
, nous avons pu constater qu’en Belgique le droit à avorter était parfois rendu compliqué dans des plannings familiaux.
Nous aimerions que vous partagiez avec nous votre expérience -qu’elle soit positive ou négative ou les deux- d’une IVG en milieu hospitalier ou en planning, ou votre expérience -positive ou négative ou les deux- d’une consultation (grossesse/IVG) en planning.


Ces témoignages resteront ANONYMES et seront compilés sur ce blog, ils visent à nous donner une meilleure idée et à diffuser des vécus actuels des femmes en Belgique dans un contexte de remise en question des droits à l’IVG en Espagne tandis que nous luttons pour conserver ce droit mais en savons peu sur la façon dont il est mis en œuvre et dont les femmes le vivent.
Si vous souhaitez témoigner, envoyez votre récit à cette adresse cerclefeministeulb@yahoo.com.
Le CFULB vous remercie d’avance !

Le premier témoignage est exceptionnellement diffusé esseulé ici, avec l’accord de la témoin, pour vous encourager 🙂 :

À 20 ans je suis tombée enceinte et je me suis fait avortée dans un planning de Bruxelles.
On laisse 15 jours obligatoires de délai de réflexion, et on m’a donné deux médoc que je devrai prendre quelques heures avant l’intervention : un anti-inflammatoire et un médoc qui dilate le col.
Jour de l’intervention. J’ai pas dormi de la nuit. J’ai pris les médoc. Je vais au planning en confiance bien que je n’ai aucune idée de ce qui m’attends.
On va dans un cabinet, une pièce de la maison du planning, je dois me coucher sur le machin là, la sorte de chaise allongée qu’on voit chez les gynéco. La gynéco tire une gueule jusque par terre. Mais genre… vraiment. Genre ça la fait ultra chier ce qui est en train de se passer. Elle me regarde presque pas, quand elle me regarde c’est froidement, elle dit presque rien… Il y a une psychologue qui est là aussi. Elle est gentille. Heureusement qu’elle est là, elle me parle et me regarde avec bienveillance.
Boum, échographie. Je tourne la tête vers la gynéco et l’écran ; elle dit rien, je vois l’image, elle tourne l’écran.
Hop, c’est parti. C’est l’EN-FER. La pire douleur physique que j’ai eu à subir de ma vie. Je crève de mal. J’ai tellement mal que je n’arrive plus à respirer, je pleure, j’hyperventile, la psy me tiens la main et est gentille, elle m’aide à respirer (inspirez, expireeeez, …). J’ai l’impression qu’on attrape mes entrailles et qu’on veut les faire sortir de force, qu’on est en train de réduire en bouillie mon utérus. Tirage de gueule de la gynéco. Ça dure. Je veux que ça se finisse, je vais tomber dans les pommes sinon ou mourir étouffée. Je souffre. C’est indescriptible à quel point je souffre.
C’est fini. Hop, la gyné met le stérilet, hop on colle la photo de l’éco retournée, image face cachée sur mon dossier, merci au revoir.
Je ne sais pas marcher.
La psy me supporte pour m’emmener dans une pièce avec un fauteuil sur lequel on peut s’allonger. Je reste là deux heures (sans déc’, deux heures) à essayer de reprendre ma respiration, à geindre de douleur, à me tordre, à pleurer, à espérer que ça passe bientôt, à espérer que je vais bientôt avoir la force de me casser d’ici. La psy reste un peu pour me soutenir puis elle s’en va. Elle est vraiment gentille. Dès que j’arrive à respirer plus ou moins normalement à nouveau, je prends l’opportunité pour foutre le camp. Je descends avec peine dans le lobby pour dire que je pars, la psy me dit que je peux venir lui parler si j’ai des problèmes.
Je rentre chez moi à pied, en m’appuyant aux murs des maisons, en me tenant le bas ventre, en pleurant, en ayant peine à respirer, à marcher.
Aucune informations sur les suites, sur ce que je dois faire ou pas faire, sur combien de temps la douleur va durer…
Je suis retournée en pleurs quelque temps après chez la psy, pour lui dire que je rêvais qu’une meuf enceinte était à l’unif dans ma classe et que je l’attrapais par le col du tee-shirt et lui criait « Comment, mais comment tu fais pour garder ton petit bébé pendant que tu fais des études ?! Dis-moi ! Moi aussi je veux un bébé, moi aussi je veux mon bébé ! ». Compassion de la psy.

Ça fait 7 ans que je me suis faite avortée, et je commence seulement maintenant à ne plus avoir une crise d’angoisse quand j’ai mes règles et que je sens une douleur dans le bas ventre, quand je vais chez la gynéco, ou quand j’ai un peu mal pendant une position douloureuse lors d’un coït. Ça fait 7 ans et je commence seulement maintenant à me dire que peut-être je ne suis pas complètement bousillée de l’intérieur, que mon utérus n’est peut-être pas une confiture en bouillie mutilée. Comprenez que la douleur que j’ai ressentie ce jour-là ne pouvait pas s’expliquer autrement dans mon cerveau traumat’ que par l’anéantissent total de l’endroit dans lequel je l’ai ressentie.
Ça fait 7 ans, et je commence seulement maintenant à me demander si on ne pas torturée, et à en parler un peu autour de moi et à voir que d’autres femmes ont vécu exactement la même chose et se promènent avec exactement le même traumatisme et les mêmes angoisses.
On devrait interdire les avortements à vif. Car c’est ce qu’il s’est passé. On m’a avortée à vif, et c’est normal apparemment.
Je n’ai parlé de l’IVG à presque personne dans ma vie. C’est peut-être seulement moi, ou quelques unes, mais j’ai honte. Et je ne partage presque pas ce vécu, l’IVG reste quelque chose de tabou, de secret, de honteux pour moi en même temps que quelque chose de très douloureux que j’ai mal vécu et qui m’a marquée profondément. De fait, peu de gens savent à quel point j’ai souffert, et peut-être que d’autres femmes se taisent comme moi, et peut-être que peu de gens savent comment ça se passe une IVG dans un planning (dans quelques planning?) ?
Je ne regrette absolument pas d’avoir avorté, je ne l’ai jamais regretté. Mais j’ai souffert. Et j’ai été complètement traumatisée par la façon dont ça s’est déroulé et par la douleur physique.

Mon conseil de traumat’ si vous devez avorter: si vous le pouvez, allez vous faire avorter dans un hôpital, sous anesthésie et préparez-vous à être éventuellement mal accueillie ; si possible, soyez accompagnées d’un soutient sans faille.
Mon envie : témoignez s’il vous plaît ; parlez de l’IVG qui semble demeurer taboue, qui semble mal se dérouler dans le secret des mûrs de planning et dans le secret du corps et de l’esprit des femmes qui l’ont vécue. Dites s’il vous plaît si votre expérience s’est bien ou mal passée, entre deux, … dans un spectre de toute façon peu connu et peu partagé.  

 

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

You are commenting using your WordPress.com account. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

You are commenting using your Google+ account. Déconnexion /  Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

You are commenting using your Facebook account. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s