Le Cercle Féministe de l’ULB appelle à contrer les idées de Zemmour en participant à « l’apéro alternatif spécial Zemmour »

Zemmour, grand agitateur surmédiatisé ces derniers mois, surtout et tristement connu pour ses propos racistes, nourrit le discours de l’extrême droite avec des déclarations que nous considérons sans pertinence, mensongères voire répréhensibles.

Moins épinglés par les médias, le sexisme et machisme affichés par Zemmour font également de lui une personne infréquentable1. Ses nombreuses interviews sont significatives de sa considération – ou plutôt sa non-considération – envers les femmes en affirmant, par exemple, « Comment les femmes sont-elles entrées à l’Assemblée nationale et au Sénat ? Par des lois de parité qui ont obligé les gens à les mettre sur des listes. Et je ne vous dirai pas comment on les a mises là … On a mis les amies, les femmes, les maîtresses, etc. » 2

Il chahute sur les ondes, fait exploser l’audimat. La formule fonctionne. Rien ne peut arrêter Zemmour et son égo (on réserverait presque un deuxième siège pour ce dernier sur les plateaux). Dans cette course effrénée à la propagande sexiste, raciste et nationaliste, Zemmour publiait en 2006 son pamphlet « Le Premier Sexe » qui salit le brillant esprit de Simone de Beauvoir et son ouvrage « Le Deuxième Sexe » et qui prouve, s’il le fallait encore, son ignorance/bêtise/indigence intellectuelle (biffer éventuellement une mention inutile). En effet, il y affirme, entre autres, « … [Les femmes] ne créent pas, elles entretiennent. Elles n’inventent pas, elles conservent. Elles ne forcent pas, elles préservent. Elles ne transgressent pas, elles civilisent. Elles ne règnent pas, elles régentent. En se féminisant, les hommes se stérilisent, ils s’interdisent toute audace, toute innovation, toute transgression … »3

Pour le Cercle Féministe de l’ULB, cet apéro alternatif est une tribune idéale pour donner la parole à des intervenant.e.s dont la présence nous semble intéressante et légitime, à l’inverse de celle de Zemmour. Cette contre-conférence mettra en avant des sujets qu’il nous tient à cœur de voir davantage dans le débat public tels que : le féminisme, l’antiracisme, l’égalité, la jeunesse, la voix des sans-papiers, etc.

Dans cette optique, le Cercle Féministe de l’ULB désire faire entendre, à l’instar des autres invité.e.s, un message féministe, positif, solidaire et multiculturel. Cette action citoyenne, parmi tant d’autres, concrétise la volonté commune d’une société alternative.

Le Cercle Féministe de l’ULB signataire de l’appel lancé par Comac à se rassembler contre la venue d’Eric Zemmour à Bruxelles vous invite tou.te.s, féministes, égalitaires, à nourrir ensemble cet espoir ce mardi 6 janvier 2015 à 12h au café Volle Brol, place du Jeu de Balle dans les Marolles !

Apolline Vranken

Evènement facebook : https://www.facebook.com/events/772551296147401/

1 La liberté d’expression sans Eric Zemmour

http://www.liberation.fr/societe/2014/12/28/la-liberte-d-expression-sans-eric-zemmour_1170992?utm_source=Facebook&utm_medium=Social&utm_campaign=SocialMediaEditor

2 Sexisme: Zemmour s’attire les foudres du « Monde » et de France Inter

http://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20131016.OBS1316/sexisme-zemmour-s-attire-les-foudres-du-monde-et-de-france-inter.html

3 Apprenons à penser comme Eric Zemmour (en 9 points)

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20141017.OBS2487/apprenons-a-penser-comme-eric-zemmour-en-9-points.html

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Fatigue et espoir en cette journée contre les violences faites aux femmes

Chèr.e.s tou.te.s,

Encore une année de passée depuis la dernière journée contre les violences faites contre les femmes. Qu’est-ce qui a changé depuis ? Pas grand-chose… Les chiffres ne changent pas sensiblement, l’austérité rend les vies des femmes de plus en plus dures et les droites continuent à augmenter leur pouvoir. Les femmes sont toujours victimes de violences terribles, ici comme ailleurs, dont les violences économiques ne sont pas les moindres et sont en plus la condition sine qua non d’autres violences: une femme dépendante financièrement est potentiellement coincée dans son ménage. Les solutions miracles n’existent pas, et le futur sera difficile, comme le présent. Parfois l’ampleur et la multiplicité des violences que subissent les femmes semblent insurmontables, et nous voulons, je veux, baisser les bras. Encore une année de passée avec de nombreuses horreurs, tellement d’horreurs que parfois le combat que nous menons semble impossible, le patriarcat trop grand et trop puissant.

Mais la lutte continue. La lutte continuera toujours. Nous perdons des batailles tous les jours, mais la guerre est loin d’être finie. Nous résistons, quand nous parlons, quand nous disons non, quand nous luttons ensemble, quand nous forgeons des liens par empathie et par écoute de l’autre.

« They tried to bury us. They didn’t know we were seeds. » Proverbe méxicain

La structure du pouvoir qui permet et appuie les violences qui nous ciblent est énorme, bien-sûr, mais l’herbe qui pousse sous le rocher le décompose petit à petit, et nous sommes cette herbe. Nous sommes des herbes sauvages, des graines, des germes qui rendons friable ce rocher. Tant que nous respirons, tant que nous trouvons des poches de liberté, des moments de bonheur, il y a de l’espoir. Pour emprunter la métaphore de Donna Haraway, nous sommes un compost qui se régénère, dont la santé et la continuité sont garanties par des poches d’air et par des mélanges fertiles d’éléments dont le pouvoir ne s’occupe pas parce qu’il sous-estime leur valeur. Dans l’hétérogénéité du compost se trouve un pouvoir que le Pouvoir homogène ne pourra jamais connaitre.

A l’austérité, nous répondons avec une solidarité et une inventivité que l’Etat ne pourra jamais réglementer. A la destruction des terres fertiles, nous répondons avec des bombes de graines. Aux violences, nous répondons par la survie. Nous vivons dans la boue, et nous serons de plus en plus nombreux.ses à vivre dans la boue, mais c’est là que se passent des choses magnifiques. Les possibilités que se donne l’être humain, la créativité et la persévérance dont elle fait preuve en situation difficile sont la preuve que l’espoir persiste ; il y a toujours de l’espoir, il y en aura toujours.

Nous continuons à nous organiser, à apprendre de nos erreurs, à souffrir et à trouver les moyens de surmonter nos difficultés ; nous continuons à survivre, à forger des relations amoureuses et amicales dans un monde où tout est comodifié. Nous  continuons à refuser d’être les soldates (brigade service spécial sexuel, maternel, productif, domestique) parfaites qu’on nous demande d’être. Le Pouvoir est puissant et ses visages sont nombreux. Il récupère nos idées et se reproduit à un rythme incroyable, mais il est moins flexible que la résistance et il le sera toujours. La résistance foisonne, et c’est dans ce foisonnement de solutions pragmatiques, personnelles, interpersonnelles, inattendues, que vit notre politique.

Continuons à germer. Continuons à pousser en dessous du rocher. Continuons à survivre, à respirer, à lutter.

Eleanor Miller