Introduction aux féminismes : Partie II. « Féminisme » : l’usage en est le sens

Ce texte est la deuxième partie de la retranscription d’une présentation du 18 mars 2014 faite par Eleanor Miller pour le Cercle Culturel de Philosophie qui nous a demandé une introduction aux féminismes. Il traite du terme « féminisme », de son utilisation politique, du rôle de l’expérience individuelle, de l’importance du collectif, et du passage du premier vers le deuxième. Première partie ici: https://cerclefeministeulb.wordpress.com/2014/03/23/introduction-aux-feminismes-partie-i-complexifier-les-histoires-des-feminismes/

Feminism is a belief that although women and men are inherently of equal worth, most societies privilege men as a group. As a result, social movements are necessary to achieve political equality between women and men, with the understanding that gender always intersects with other social hierarchies. –Estelle Freedman

Une des principales sources de contention que rencontrent les féministes concerne le terme « féminisme ». Son utilisation n’a rien d’anodin car il a un poids politique considérable.  On entend donc de nombreux arguments contre son utilisation. « Je suis pour l’égalité de tout le monde, donc je suis contre la division des luttes », par exemple, sous-entendu, le terme « féminisme » divise une lutte qui serait homogène et universelle, si seulement nous arrêtions de la diviser avec notre fichu vocabulaire. On entendra aussi que le féminisme exclut les hommes, que le mot fait référence à un concept essentialiste, et qu’il est donc incompatible avec Continuer la lecture

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La DH : toute l’information foot ?

Correction: la DH répond que ces résultats se retrouvent bien sur leur site. Effectivement, on peut trouver les résultats de la BeneLeague en allant dans « sport », puis « classement », puis « résultats », et en cherchant bien. Une recherche sur leur moteur de recherche ne mène pas à cette page, et cette page n’a aucun lien avec la rubrique « football ».

Résultats présents, donc, mais invisibilisés. Nous nous excusons néanmoins pour l’information inexacte. 

La DH prétend être le site le plus complet en matière d’informations sur le foot. « Toute l’information foot » ? Faux : toute l’information sur le foot masculin. Les championnats belges, étrangers et internationaux, les divisions 1, 2, et 3 du foot masculin y sont bien, mais pas un mot sur le foot féminin, même national. Tapez «BeNeLeague », la ligue belgo-néerlandaise de foot féminin, où joue l’élite des joueuses du foot féminin belge,  dans le moteur de recherche de la DH, et vous trouverez cinq résultats sur autant d’années. Le premier concerne, surprise surprise, un événement où les joueuses de l’équipe d’Anvers ont posé en lingerie, suite à une promesse qu’elles ont faite en échange de la présence de 2000 supporters[1].UntitledJe leur ai donc envoyé la lettre suivante :

« Chère Madame, cher Monsieur,

Vous présentez votre site de football comme étant complet, mais on ne peut y trouver uniquement des informations, certes très complètes, concernant les ligues masculines. En tant que fan du football, je trouve cela très dommage. J’aimerais voir sur votre site au moins les résultats des matchs de la BeNeLeague. Sinon, par souci d’exactitude, je vous invite à rebaptiser cette section de votre journal « Football Masculin ». Comme ça pourrions-nous lire « Le foot masculin belge et à l’étranger n’a qu’un site d’informations ! », ce qui serait plus juste.

Je vous prie, Madame, Monsieur, de croire en mes sentiments les plus distingués,

Eleanor Miller ».

Si vous aussi, vous en avez marre que les sports collectifs soient promus comme l’apanage des hommes, envoyez une lettre ou un mail à la rédaction de la DH.

Vous trouverez leurs coordonnées ici : http://www.dhnet.be/page/coordonnees

[1] http://www.dhnet.be/sports/football/les-antwerp-ladies-tombent-le-maillot-52386d9c3570b0befbe24aa6

Formations militantes: pour que chaque citoyen.ne sache défendre ses droits!

Pour un service d’ordre féminin à la mobilisation pro-choix du 29 mars !

Formation le jeudi 27 novembre

 vie digne

On entend souvent que les féministes ne sont jamais d’accord entre elles. Effectivement, il n’y a pas une doctrine féministe régie par une institution. Le féminisme est un ensemble de pratiques et de croyances très variées et les débats concernent autant les modes d’actions que les revendications. Ceci n’est pas l’indication d’un problème, mais de la bonne santé du mouvement, car l’homogénéité est la mort de la politique. Les femmes peuvent souhaiter vivre de manières très différentes ; elles sont, après tout, toutes différentes, ce qui est le corollaire naturel de la déconstruction de l’essentialisme. Ce qui nous constitue en groupe d’intérêt n’est pas l’homogénéité de nos envies ou de nos modes de vie souhaités, mais que nous nous trouvons toutes sous le joug des mêmes contraintes, coincées dans des rôles que nous n’avons pas déterminés pour nous-mêmes et dans des situations qui nuisent à nos droits fondamentaux.

Ne me libérez pas, je m’en charge!

Les féminismes doivent donc viser à élargir les possibilités des femmes. Si toutes les femmes étaient outillées pour défendre des intérêts qui leur sont chers, nous ne devrions plus, en tant que féministes, nous demander ce qui ferait leur bonheur et leur liberté, car nous pourrions toutes l’exprimer et le réaliser, librement, publiquement, fortement. Or, l’apprentissage à la pression citoyenne, au militantisme, ne fait pas partie de l’éducation des classes opprimées, dont les femmes. Quand l’égalité est acquise de jure, exclure les femmes de l’espace publique, de la parole publique et citoyenne, est un moyen premier de les maintenir malgré tout dans leur position de citoyennes de seconde classe. Les collectifs militants sont dominés par les hommes, au même titre que toutes les institutions belges. Les femmes qui sont présentes ont tendance à disparaître si elles ont des enfants, les réunions en soirée et l’énergie demandées rendant difficile la conjugaison d’une vie de famille avec le militantisme. Les porte-paroles des associations et partis de gauche sont d’ailleurs majoritairement des hommes. Pour une femme, tenter de se faire entendre à une réunion quelconque reste chose difficile.

Les femmes sont donc insuffisamment outillées pour défendre leurs droits. Elles sont par ailleurs socialisées pour se remettre en question plutôt que de remettre en question leur entourage. Ceci a pour conséquence une certaine récupération des luttes des femmes pour les intérêts masculins. Prenons par exemple les mobilisations pro-choix : pourquoi rassemblent-elles des milliers, femmes et hommes confondus, alors que lors des mobilisations pour d’autres causes féministes, ces alliés masculins sont absents? En ces temps, la liberté sexuelle est trop souvent brandie comme une étiquette féministe qui cache une défense de la liberté des hommes à disposer de nos corps. Ne devrions-nous pas être pls vigilantes et faire plus d’efforts pour (re)prendre le contrôle de la lutte pour l’accès à la contraception et à l’IVG ? Ne devrions-nous pas nous demander pourquoi cela intéresse tant les hommes alors que des problèmes tels que le harcèlement sexuel au travail sont l’objet de commentaires minimisants, voire dénigrants ? Lecteur homme dont les intentions sont bonnes, posez-vous les questions suivantes : quelle cause féministe vous intéresse le plus ? Pourquoi ? Lectrice, pensez au dernier événement militant auquel vous avez participé. De quoi s’agissait-il ? Des hommes étaient-ils présents?

L’importance accordée à une lutte féministe est variable ; des intérêts féministes qui rejoignent ceux des hommes seront défendus avec plus de ressources que des intérêts qui remettent en question leurs privilèges. De manière similaire, une cause qui peut être instrumentalisée à des fins de domination sociale occupera les médias et autres ressources publiques, alors que nous n’atteignons jamais cette visibilité avec un problème comme les inégalités au travail. Afin d’éviter ceci, une seule solution : outiller les femmes. De très importantes négociations concernant le projet social de la Belgique ont maintenant lieu ; si nous voulons que les revendications féministes soient prises au sérieux, nous devons impérativement être présentes ; dans les collectifs, dans les médias, dans la rue.

Nous proposons à cette fin une série de formations au militantisme ; la toute première portera sur le service d’ordre. Nous apprendrons ce jeudi 27 novembre à préparer et à assurer un service d’ordre de manifestation. Celle-ci est ouverte à toute femme, et une de ses raisons d’être est que le Cercle Féministe souhaiterait une première ligne de femmes à la manifestation pro-choix du 29 mars. L’image présentée chaque année à cette mobilisation est celle d’une île de femmes entourée d’un service d’ordre masculin, la figure même du protecteur patriarcal. Nous pensons que ceci n’est pas anodin. Nous sommes entièrement capables de gérer cette lutte comme nous l’entendons, et nous faisons assez confiance à nos alliés masculins pour penser qu’ils comprendront et qu’ils seront présents.

Imaginez la mobilisation du 29 mars. Imaginez un service d’ordre de femmes. Imaginez des femmes au micro, et uniquement des femmes. Imaginez la présence d’alliés masculins, contents de nous laisser prendre la parole et de gérer cette lutte. N’est-ce pas beau comme image ? Réalisons-la, ensemble.

Eleanor Miller

27/11/2014 à 18h30, formation au service d’ordre avec Nassera Saoudi

Inscriptions via cerclefeministeulb@yahoo.com. Cette formation est gratuite mais une contribution à la collecte pour les SDF avec qui travaille Nassera sera la bienvenue.

La rue : une zone d’intimidation pour les femmes

rue_rucheReprenons la rue ensemble ce mardi 25 novembre par une balade nocturne; à partir de 21h. 

de Meredith Borodine de Kirdetzoff

  Ca commence parfois simplement par un bonjour ou un    sourire. Pour certaines, le sourire en coin est déjà de trop. Je fais partie de celles qui sont lassées au bout de cinq «  bonjour » . De quoi je parle? Je ne parle pas de courtoisie du quotidien, mais bien de harcèlement de rue.

C’est un terme qui fait peur à certains, qui a peut-être l’air trop exagéré pour d’autres, hommes et femmes. Voici ce qu’en dit Peggy Sastre  «  Mais pourquoi une telle réaction ? Qu’y-a-t-il de si traumatisant à admettre qu’on puisse être, à un moment donné, un objet de désir « brut » pour autrui ? Je ne sous-entends absolument pas qu’il « faudrait » plutôt être flatté, ou excité, ou je ne sais quoi, je dis surtout que l’opinion d’une tierce personne sur la vôtre, de personne, ne dit absolument rien, n’a absolument rien à dire de ce que vous pouvez être.

Arpenter l’espace public, c’est nécessairement susciter des jugements dans l’esprit des gens que vous pouvez y croiser.  Pourquoi un jugement de nature sexuelle et l’expression de ce jugement, cherchant bien entendu à initier une interaction de nature sexuelle, serait-il plus oppressant que tous les autres types d’interactions, tous les autres types de jugements plus ou moins verbalement exprimés ? À part à faire du sexe un élément exceptionnel, pour ne pas dire sacralisé et sanctuarisé, de notre quotidien ? »(1)

A ceci je réponds, que malgré le fait que les femmes elles aussi, selon leur orientation sexuelle observent les hommes qu’elles croisent. Elles aussi sourient aux personnes qui leur plaisent, elles aussi tentent de les aborder. Cependant, une expression que je trouve tout à fait juste intervient ici. «  When a man says no in this culture, it’s the end of the discussion. When a woman says no, it’s the beginning of a négociation. »  – Gavin De Becker ( «  Quand un homme dit non dans cette culture, c’est la fin de la discussion. Quand une femme dit non, c’est le début de la négociation. » ).

Il n’est pas question de sacraliser le sexe. Le sexe est quelque chose de propre à chacun, quelque chose de privé, que l’individu choisi de partager avec autrui ou non. Sortir dans la rue n’est pas un appel au jugement de quiconque, comme ce n’est pas appel à se reproduire. Souvent, quand on me parle de filles qui « l’ont cherché » parce qu’elles « étaient habillée de manière provocante », je déclame un exemple au raccourci tout aussi stupide. « Si les hommes sortent sans casque de protection dans la rue, est-ce que ça veut dire que j’ai le droit de leur lancer des pierres sur la tête? ». La réponse est bien évidemment non. Pour moi, il devrait en aller de même quand une femme sort dans la rue. Être nue n’est pas un appel au sexe. Nous vivons dans une société hypersexualisée mais en même temps hypocrite. La femme peut être sexuelle, mais c’est l’homme qui en décide. Une femme qui décide de prendre possession de son corps et de le sexualiser est mal vue, que ce soit une personne lambda ou une célébrité (2). De plus, le harcèlement de rue va plus loin qu’un rapport de séduction. C’est un rapport de domination. Car contrairement aux idées reçues, cela n’arrive pas qu’aux filles considérées comme des canons de beauté dans cette société, ni aux filles en vêtements moulants. Les témoignages sur le blog de Thomas Matthieu (3)le montrent bien. De la jeune fille en couple avec une autre fille qui se promènent dans la rue à la passagère de métro en passant par la jeune fille qui attend son copain dans une rue bondée en pleine journée. Toutes sont sur le pied d’égalité face au comportement déplacé de certains.

Une des premières questions posées en cas d’agression sexuelle à la victime, ou a une personne victime de harcèlement de rue est «que portiez vous? ». Ce que la personne portait importe peu(4). Un homme m’a un jour proposé de monter dans sa voiture en échange de 200€. Il était dix heure du matin. J’étais en salopette. Les jeunes femmes sont constamment entourées d’un sentiment d’insécurité. Personnellement je me sens abusée quand un homme me fait des avances un peu trop poussées. J’ai l’impression qu’il essaie de rentrer dans mon intimité, dans mes pensées, qu’il essaie de s’immiscer dans ma sexualité alors que je ne l’y ai pas convié. Certains hommes ont fait de cette intrusion un gagne pain ou un moyen de notoriété. Que ce soit en France, en Angleterre ou au Japon, des hommes comme Rémi Gaillard(5), Sam Pepper(6), et Julien Blanc (7)

ont tourné une crainte des femmes à la rigolade pour les deux premiers, et le dernier s’est servi de ses pseudos connaissances en matière de femmes en commerce lucratif.

Nous ne sommes pas un gagne pain, et encore moins sans avoir donné notre autorisation. Notre corps n’est pas une invitation à la moquerie. Notre corps n’est pas un objet. La rue est un lieu comme les autres. Un lieu de passage, un lieu de transit, un lieu où nous passons du temps, que ce soit pour rentrer chez nous, nous promener, nous installer en terrasse. La rue n’est pas plus aux hommes qu’à nous. Au fil des années j’ai appris à mettre mes clés entre mes doigts quand je rentre chez moi après minuit. A longuement hésiter à mettre une jupe les jours de grand soleil. Je n’hésite plus désormais, car mon corps et ma sexualité m’appartiennent. Je vous invite à ne plus hésiter non plus.

Ensemble, reprenons la rue!

Ce mardi 25 novembre à 21h00, participez à notre balade nocturne. Rendez-vous place Flagey à côté des vilos.

(1)http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1271143-harcelement-de-rue-un-concept-qui-me-laisse-perplexe-pour-4-raisons.html

(2) http://www.chartsinfrance.net/Miley-Cyrus/news-93136.html

(3) http://projetcrocodiles.tumblr.com/

(4)http://talkingpointsmemo.com/edblog/the-but-what-were-you-wearing-rape-myth

(5)http://www.terrafemina.com/culture/culture-web/articles/40821-remi-gaillard-et-sa-video-free-sex-je-nai-rien-contre-les-femmes.html

(6)http://metro.co.uk/2014/09/21/big-brothers-sam-pepper-sparks-controversy-as-fans-respond-to-bum-pinching-video-4877218/

(7)http://madame.lefigaro.fr/beaute/coach-en-seduction-julien-blanc-invite-ses-fans-a-agresser-les-japonaises-041114-82507

Le Foot : sport démocratique par excellence ?


Germany's Da Mbabi is tackled by Norway's Lund and Mjelde during their women's international friendly soccer match in Mainz

« Reclaim the park » et match Anderlecht-Gand ce 14 novembre!

De ce fait il (le foot) est, en un mot, universel. N’importe où dans le monde, avec un ballon en cuir ou une simple boîte de conserve on peut « jouer » au football. Cela facilite la capacité du plus grand nombre à s’approprier cette discipline à la fois sport, jeu, loisir et profession. Mais cette simplicité n’implique pas pour autant une forme de vulgarité. Il y a plus que cela dans le football : il y a des valeurs.[1]

Certes, le foot est joué partout dans le monde et dans toutes les classes sociales et est de ce fait loué pour ses valeurs démocratiques. Les histoires de joueurs issus de classes dominées, de « zéro à héros » font rêver plus d’un. Le foot d’élite est perçu comme un milieu qui transcende les problèmes de racisme et de reproduction sociale. « Le sport est l’espéranto des races.  » dixit Jean Giraudoux. Par la force de leur corps, par leur talent, par leur cœur et par leur motivation, des petits garçons des quatre coins du monde deviennent grandes stars. A un niveau plus accessible pour le commun des mortels, le sport d’équipe informel revêt une importance énorme dans la rue. Les enfants inoccupés, partout dans le monde, se rejoignent autour d’un ballon ou autre objet pour un apprentissage informel technique et spirituel, pour améliorer leur santé et surtout pour tisser du lien social. Les bienfaits des sports pour les jeunes ne sont plus à prouver, et les programmes étatiques ou autres qui les y encouragent sont très nombreux. Le foot étant le sport le plus aimé de tous et demandant très peu de moyens matériels est joué à tous les niveaux, partout, tout le temps. Le foot serait pour tout le monde. Tout le monde. Toute l’Europe donc, sauf cette petite part de l’Europe qui nait de sexe féminin,

En Belgique, les garçons constituent 80% des pratiquants des sports de combat et des sports collectifs.[2] Selon l’Eurobaromètre 2010, 43% des hommes européens et 37% de femmes pratiquent un sport stricto sensu, soit une différence de 6%.  Au Danemark : 12% filles participent à des compétitions sportives, contre 23% des garçons dans la tranche d’âge des 16-20. Les femmes qui font du sport sont beaucoup plus présentes dans les clubs de fitness que dans l’associatif sportif, constituant en Italie par exemple 60% de leur public. Les raisons évoquées pour la pratique d’un sport diffèrent également en fonction du genre, les hommes citant le dépassement de soi, le défoulement et la compétition, et les femmes privilégiant la santé et bien sûr l’apparence, qui doit être athlétique mais pas trop musculaire. Par ailleurs, seulement 19% de dirigeantes et entraineuses dans le sport d’élite en Europe sont des femmes. [3] La situation est nettement meilleure aux USA, où les sports féminins sont beaucoup plus développés de manière générale, mais le foot n’y a pas l’importance populaire qu’il a chez nous.

Parmi les raisons évoquées par les femmes pour expliquer cela sont le manque de temps, l’influence des paires (notamment pendant l’adolescence), l’influence familiale, le manque de modèles et la mixité. De plus, les femmes s’entrainant surtout en structures commerciales, plus accessibles et plus sécurisées que les parcs ou les coins de rue,  sont aussi les plus précarisées, et le manque de moyens financiers est parfois aussi évoqué. Ces raisons sont toutes des pendants d’un système patriarcal: elles manquent de temps parce qu’elles assurent les tâches domestiques et la garde des enfants ; la police de son corps, les dysmorphies corporelles, rendent très difficile le mouvement libre devant ses pair.e.s adolescent.e.s ; l’influence familiale, le manque de modèle et une mixité qui dérangent reviennent à une persistance des stéréotypes de genre. Les parents n’encouragent pas suffisamment leurs filles à faire du sport, et si elles le font, où sont leurs modèles ? Les sportives sont hyper-sexualisées, alors que c’est précisément pour contrer l’auto-sexualisation qu’il est important pour les femmes et filles de faire du sport. La mixité à l’adolescence est problématique parce qu’on sait que faire des gestes soudains, se donner à fond, être compétitive, revient à ne pas être féminin. Evidemment qu’on le sait : ce sont nos modèles de féminité qui nous l’apprennent ; on connait mieux les noms des femmes des Diables que les noms de l’équipe nationale féminine. Si le petit garçon rêve de devenir Messi ou Ronaldo, de quoi doit rêver donc la petite fille ? D’être sa femme.

Pourtant, la pratique d’un sport a une importance énorme pour les filles. Nous apprenons à définir nos corps entièrement en fonction du male gaze, et nous oublions ses fonctions propres : se déplacer, courir, jouir, jouer, se défendre, se sentir vivre, occuper le monde, se surpasser, se défouler, sont autant de fonctions alternatives à plaire aux regards masculins ou éviter le jugement de l’autre. La pratique d’un sport est un rappel de toute cette magie inhérente à notre existence corporelle, tridimensionnelle, réelle. L’apprentissage d’un sport collectif traditionnellement réservé aux garçons dans l’espace public a en plus une valeur subversive, et que les femmes et filles prennent goût à la subversion est magnifique et essentiel.

Des initiatives existent pour encourager les filles à jouer au foot. Der Kick für Mädchen !, une initiative allemande lancée en 2009, rassemble des filles adolescentes d’écoles difficiles dans une équipe de foot. Open Sundays, un projet suisse, vise à rendre accessible des espaces sportifs aux jeunes, avec des espaces réservées aux filles, dont le taux de participation monte alors à 37,8% en 2009, restant loin de la moitié. Ces très belles initiatives ne sont malheureusement pas suffisantes et les filles restent absentes des terrains publics sportifs. Baladez-vous dans n’importe quel parc de Bruxelles un jour ensoleillé, et vous verrez des garçons et hommes jouer et éventuellement des filles et femmes assises sur les bancs, occupées à les regarder, à les soutenir.

Dans les parcs, comme dans les clubs, comme à la télé, les filles et femmes sont soit absentes soit invisibles. ULB Sports n’a même pas d’entrainements de foot pour les femmes. Le jeu est pourtant intéressant, avec des femmes comme avec des hommes, à jouer comme à visionner. La Belgique a des équipes de femmes, et si leur niveau de jeu n’est pas celui de certaines équipes masculines, on peut rétorquer que les relations entre le niveau et la popularité n’est pas simple : publicité entraine argent qui entraine meilleurs entrainements qui entraine meilleur jeu qui entraine publicité, etc. En attendant, on peut déjà apprécier les matchs. Les prouesses techniques, l’esprit compétitif, les histoires humaines, tout ce que l’on aime dans le foot masculin est aussi présent dans le foot féminin, mais ces femmes persistent à jouer sans la presse, sans les supporters, sans devenir des symboles de fierté locale ou de succès, sans qu’on parle d’elles. Eric Cantona écrit «Quand les gens parlent de toi, c’est que tu existes. ». Je vous invite à faire exister avec nous ces joueuses et à prouver à Blatter qu’il ne faut pas habiller les joueuses en tenues sexy pour qu’on les regarde (http://www.francesoir.fr/sport/football/mauvaise-tenue-sepp-blatter-143909.html).

En ce faisant, peut-être pourrions-nous aussi développer le sens de communauté qu’apporte le partage de la culture du foot masculin, que les hommes peuvent prendre pour acquis ; peut-être pourrions-nous nous croiser dans la rue et dire « t’as vu le match hier ? ». Le lendemain de n’importe quel match masculin qui compte un peu, il suffit de cela pour lancer la conversation. En parler, comme le jouer, tisse du lien social : le foot est bien un véhicule magnifique de cohésion, d’amitié, de partage. Seule, je peux regarder un match de l’équipe de dames, mais je n’aurai personne avec qui en parler.

Regardons-les donc ensemble. Prenons-y goût.  Supportons, chantons, admirons les joueuses pour leur prouesse athlétique, refusons tout jugement sur leur physique et parlons-en le lendemain: « Z’avez vu le match les filles ? ». Jouons, aussi, occupons les parcs, qui sont occupés quasi exclusivement par des garçons et des hommes. Utilisons nos corps pour prendre la place que l’on mérite. Ces espaces publics, ces liens sociaux, cette culture démocratique du foot, cette camaraderie, cette appartenance, ces modèles peuvent nous appartenir aussi, prenons-les, ensemble, malgré les obstacles. Le foot a des leçons pour l’activisme : ce qui compte n’est pas si on gagne mais comment on joue. Le féminisme, comme le sport, va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre[4]. En féminisme, comme en sport, dès qu’on arrête, on régresse[5]. Parce que l’activisme collectif, comme le football, aussi bien que le rugby et le cricket et les autres sports collectifs, a le pouvoir de guérir les blessures[6].  Un monde où il est possible pour une femme d’être admirée sans l’obligation de féminité semble très lointain, mais comme disait l’entraineur Louis Fernandez, « échouer, peut-être ; démissionner, jamais. »

Eleanor Miller

PROGRAMME

Ce 14 novembre, ramenons un maximum de spectatrices-eurs pour le match RSCA Anderlecht-Gand à 20h30!

Ca se déroule à l’Euro 2000, à Tubize. Départ groupé en train, de Bruxelles-Centrale à 19h36, ou rendez-vous sur place.

Prix : 10,20€ place et train inclus ou 5€ la place. Inscriptions via mail à cerclefeministeulb@yahoo.com avant le 12 novembre pour celles qui veulent payer via le cercle.

« Reclaim the Park » : occupons les parcs de la ville le dimanche pour un match de foot. Première activité le dimanche 16 novembre à 16h. Détails à suivre!

ALLEZ LES MAUVEEES
[1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/06/11/football-et-democratie_1370647_3232.html

[2] http://www.kbsfrb.be/uploadedfiles/kbsfrb/files/fr/pub_1101_gestion_et_organisation_du_sport_en_belgique%20.pdf

[3]http://www.coe.int/t/dg4/epas/publications/Manuel2_Egalite_homme_femme_dans_le_sport.pdf

[4] Paraphrase de Pierre Coubertin

[5] Paraphrase de Marc Pajot

[6] Paraphrase de Nelson Mandela

N.B. : Google images pouvant être un bon indicateur des perceptions et représentations de la société sur divers sujets, nous vous proposons un petit aperçu des résultats obtenus autour du thème « femmes et foot » vs le thème « hommes et foot » (pour un aperçu de la représentation iconographique et sociale des hommes et des femmes de manière générale et hors de la spécificité foot, nous vous invitons également à taper simplement « femme » dans le moteur de recherche Google images et de comparer les résultats avec la recherche « hommes » dans le même moteur de recherche). Vous pouvez cliquer sur les images pour un grand format.

« Femmes Foot » :

Femmes foot google images

« Hommes foot » :

Hommes Foot Google images

« Femmes footballeuses » :

Femmes Footballeuses Google images

« Hommes footballeurs » :

Hommes footballeurs Google images

 

« RSCA Anderlecht femmes » :

RSCA Anderlecht Femmes Googles images

« RSCA Anderlecht hommes » :

RSCA Anderlecht hommes Google images

 

« RSCA Anderlecht » (1) :

RSCA Anderlecht Google images

« RSCA Anderlecht » (2) :

RSCA Anderlecht 2

Etre femme chère aux frères ou être mathématicienne?

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En tant que féministes universitaires, on entend souvent que le féminisme est obsolète dans ce milieu, car l’égalité y serait acquise. Les systèmes d’éducation visent l’apprentissage à l’égalité, donc plus tu seras éduqué.e plus tu seras égalitaire, selon la logique (élitiste) des temps. Mais où sont formés les futurs preneurs de décisions qui sont responsables du maintien d’un système sexiste, raciste et classiste? Seraient-ils sourds à cet apprentissage ? Seraient-ils des exceptions? Auraient-ils développé leur vision du monde ailleurs qu’à l’université?

Sans parler du sexisme ordinaire dont souffrent toutes les femmes dans tous les milieux, qu’en est-il du domaine spécifiquement académique qu’est « la » science? En 2005, Larry Summers, président de Harvard à l’époque, crée un véritable scandale quand il suggère que la sous-représentation des femmes en math et en sciences s’expliquerait par une différence entre les sexes au niveau des capacités innées. Il declare: « There may also be elements, by the way, of differing, there is some, particularly in some attributes, that bear on engineering, there is reasonably strong evidence of taste differences between little girls and little boys that are not easy to attribute to socialization.” (Boston Globe, 2005). Ceci vient du président d’une des universités les plus respectées au monde. Le cercle féministe de Harvard à l’époque l’a attaqué pour ses remarques, et il n’a jamais été réélu à son poste, même s’il ne s’en porte pas plus mal (devenu millionnaire et membre de l’administration Obama). Continuer la lecture

La Suédoise est un Suédois

Le Cercle Féministe rejoint la Manifestation Nationale ce jeudi 6 novembre pour dire NON aux mesures antisociales !

Nous voilà donc avec un nouveau gouvernement. Si le gouvernement sortant n’était certainement pas à la hauteur des discours de son Premier Ministre socialiste, nous pensons fermement que le gouvernement rentrant ne fera qu’accentuer les problèmes sociaux et économiques de notre pays. Les entreprises peuvent se réjouir de cette coalition, mais, comme le déclarent nombre d’associations, syndicats et partis, les travailleurs vont souffrir ; les travailleurs souffriront, effectivement, et qu’en est-il des travailleuses ? Les travailleuses, comme toutes les femmes, souffriront, proportionnellement, plus que les hommes. Continuer la lecture