Introduction aux féminismes : Partie II. « Féminisme » : l’usage en est le sens

Ce texte est la deuxième partie de la retranscription d’une présentation du 18 mars 2014 faite par Eleanor Miller pour le Cercle Culturel de Philosophie qui nous a demandé une introduction aux féminismes. Il traite du terme « féminisme », de son utilisation politique, du rôle de l’expérience individuelle, de l’importance du collectif, et du passage du premier vers le deuxième. Première partie ici: https://cerclefeministeulb.wordpress.com/2014/03/23/introduction-aux-feminismes-partie-i-complexifier-les-histoires-des-feminismes/

Feminism is a belief that although women and men are inherently of equal worth, most societies privilege men as a group. As a result, social movements are necessary to achieve political equality between women and men, with the understanding that gender always intersects with other social hierarchies. –Estelle Freedman

Une des principales sources de contention que rencontrent les féministes concerne le terme « féminisme ». Son utilisation n’a rien d’anodin car il a un poids politique considérable.  On entend donc de nombreux arguments contre son utilisation. « Je suis pour l’égalité de tout le monde, donc je suis contre la division des luttes », par exemple, sous-entendu, le terme « féminisme » divise une lutte qui serait homogène et universelle, si seulement nous arrêtions de la diviser avec notre fichu vocabulaire. On entendra aussi que le féminisme exclut les hommes, que le mot fait référence à un concept essentialiste, et qu’il est donc incompatible avec Continuer la lecture

Advertisements

Formations militantes: pour que chaque citoyen.ne sache défendre ses droits!

Pour un service d’ordre féminin à la mobilisation pro-choix du 29 mars !

Formation le jeudi 27 novembre

 vie digne

On entend souvent que les féministes ne sont jamais d’accord entre elles. Effectivement, il n’y a pas une doctrine féministe régie par une institution. Le féminisme est un ensemble de pratiques et de croyances très variées et les débats concernent autant les modes d’actions que les revendications. Ceci n’est pas l’indication d’un problème, mais de la bonne santé du mouvement, car l’homogénéité est la mort de la politique. Les femmes peuvent souhaiter vivre de manières très différentes ; elles sont, après tout, toutes différentes, ce qui est le corollaire naturel de la déconstruction de l’essentialisme. Ce qui nous constitue en groupe d’intérêt n’est pas l’homogénéité de nos envies ou de nos modes de vie souhaités, mais que nous nous trouvons toutes sous le joug des mêmes contraintes, coincées dans des rôles que nous n’avons pas déterminés pour nous-mêmes et dans des situations qui nuisent à nos droits fondamentaux.

Ne me libérez pas, je m’en charge!

Les féminismes doivent donc viser à élargir les possibilités des femmes. Si toutes les femmes étaient outillées pour défendre des intérêts qui leur sont chers, nous ne devrions plus, en tant que féministes, nous demander ce qui ferait leur bonheur et leur liberté, car nous pourrions toutes l’exprimer et le réaliser, librement, publiquement, fortement. Or, l’apprentissage à la pression citoyenne, au militantisme, ne fait pas partie de l’éducation des classes opprimées, dont les femmes. Quand l’égalité est acquise de jure, exclure les femmes de l’espace publique, de la parole publique et citoyenne, est un moyen premier de les maintenir malgré tout dans leur position de citoyennes de seconde classe. Les collectifs militants sont dominés par les hommes, au même titre que toutes les institutions belges. Les femmes qui sont présentes ont tendance à disparaître si elles ont des enfants, les réunions en soirée et l’énergie demandées rendant difficile la conjugaison d’une vie de famille avec le militantisme. Les porte-paroles des associations et partis de gauche sont d’ailleurs majoritairement des hommes. Pour une femme, tenter de se faire entendre à une réunion quelconque reste chose difficile.

Les femmes sont donc insuffisamment outillées pour défendre leurs droits. Elles sont par ailleurs socialisées pour se remettre en question plutôt que de remettre en question leur entourage. Ceci a pour conséquence une certaine récupération des luttes des femmes pour les intérêts masculins. Prenons par exemple les mobilisations pro-choix : pourquoi rassemblent-elles des milliers, femmes et hommes confondus, alors que lors des mobilisations pour d’autres causes féministes, ces alliés masculins sont absents? En ces temps, la liberté sexuelle est trop souvent brandie comme une étiquette féministe qui cache une défense de la liberté des hommes à disposer de nos corps. Ne devrions-nous pas être pls vigilantes et faire plus d’efforts pour (re)prendre le contrôle de la lutte pour l’accès à la contraception et à l’IVG ? Ne devrions-nous pas nous demander pourquoi cela intéresse tant les hommes alors que des problèmes tels que le harcèlement sexuel au travail sont l’objet de commentaires minimisants, voire dénigrants ? Lecteur homme dont les intentions sont bonnes, posez-vous les questions suivantes : quelle cause féministe vous intéresse le plus ? Pourquoi ? Lectrice, pensez au dernier événement militant auquel vous avez participé. De quoi s’agissait-il ? Des hommes étaient-ils présents?

L’importance accordée à une lutte féministe est variable ; des intérêts féministes qui rejoignent ceux des hommes seront défendus avec plus de ressources que des intérêts qui remettent en question leurs privilèges. De manière similaire, une cause qui peut être instrumentalisée à des fins de domination sociale occupera les médias et autres ressources publiques, alors que nous n’atteignons jamais cette visibilité avec un problème comme les inégalités au travail. Afin d’éviter ceci, une seule solution : outiller les femmes. De très importantes négociations concernant le projet social de la Belgique ont maintenant lieu ; si nous voulons que les revendications féministes soient prises au sérieux, nous devons impérativement être présentes ; dans les collectifs, dans les médias, dans la rue.

Nous proposons à cette fin une série de formations au militantisme ; la toute première portera sur le service d’ordre. Nous apprendrons ce jeudi 27 novembre à préparer et à assurer un service d’ordre de manifestation. Celle-ci est ouverte à toute femme, et une de ses raisons d’être est que le Cercle Féministe souhaiterait une première ligne de femmes à la manifestation pro-choix du 29 mars. L’image présentée chaque année à cette mobilisation est celle d’une île de femmes entourée d’un service d’ordre masculin, la figure même du protecteur patriarcal. Nous pensons que ceci n’est pas anodin. Nous sommes entièrement capables de gérer cette lutte comme nous l’entendons, et nous faisons assez confiance à nos alliés masculins pour penser qu’ils comprendront et qu’ils seront présents.

Imaginez la mobilisation du 29 mars. Imaginez un service d’ordre de femmes. Imaginez des femmes au micro, et uniquement des femmes. Imaginez la présence d’alliés masculins, contents de nous laisser prendre la parole et de gérer cette lutte. N’est-ce pas beau comme image ? Réalisons-la, ensemble.

Eleanor Miller

27/11/2014 à 18h30, formation au service d’ordre avec Nassera Saoudi

Inscriptions via cerclefeministeulb@yahoo.com. Cette formation est gratuite mais une contribution à la collecte pour les SDF avec qui travaille Nassera sera la bienvenue.

Etre femme chère aux frères ou être mathématicienne?

4743082-femmes-et-mathematiques-les-stereotypes-ont-la-vie-dure

En tant que féministes universitaires, on entend souvent que le féminisme est obsolète dans ce milieu, car l’égalité y serait acquise. Les systèmes d’éducation visent l’apprentissage à l’égalité, donc plus tu seras éduqué.e plus tu seras égalitaire, selon la logique (élitiste) des temps. Mais où sont formés les futurs preneurs de décisions qui sont responsables du maintien d’un système sexiste, raciste et classiste? Seraient-ils sourds à cet apprentissage ? Seraient-ils des exceptions? Auraient-ils développé leur vision du monde ailleurs qu’à l’université?

Sans parler du sexisme ordinaire dont souffrent toutes les femmes dans tous les milieux, qu’en est-il du domaine spécifiquement académique qu’est « la » science? En 2005, Larry Summers, président de Harvard à l’époque, crée un véritable scandale quand il suggère que la sous-représentation des femmes en math et en sciences s’expliquerait par une différence entre les sexes au niveau des capacités innées. Il declare: « There may also be elements, by the way, of differing, there is some, particularly in some attributes, that bear on engineering, there is reasonably strong evidence of taste differences between little girls and little boys that are not easy to attribute to socialization.” (Boston Globe, 2005). Ceci vient du président d’une des universités les plus respectées au monde. Le cercle féministe de Harvard à l’époque l’a attaqué pour ses remarques, et il n’a jamais été réélu à son poste, même s’il ne s’en porte pas plus mal (devenu millionnaire et membre de l’administration Obama). Continuer la lecture

La Suédoise est un Suédois

Le Cercle Féministe rejoint la Manifestation Nationale ce jeudi 6 novembre pour dire NON aux mesures antisociales !

Nous voilà donc avec un nouveau gouvernement. Si le gouvernement sortant n’était certainement pas à la hauteur des discours de son Premier Ministre socialiste, nous pensons fermement que le gouvernement rentrant ne fera qu’accentuer les problèmes sociaux et économiques de notre pays. Les entreprises peuvent se réjouir de cette coalition, mais, comme le déclarent nombre d’associations, syndicats et partis, les travailleurs vont souffrir ; les travailleurs souffriront, effectivement, et qu’en est-il des travailleuses ? Les travailleuses, comme toutes les femmes, souffriront, proportionnellement, plus que les hommes. Continuer la lecture

Introduction aux féminismes: Partie I. Complexifier l(es) histoire(s) de(s) féminisme(s).

Ce texte est la première partie de la retranscription d’une présentation du 18 mars 2014 faite par Eleanor Miller pour le Cercle Culturel de Philosophie qui nous a demandé une introduction aux féminismes. Les autres parties suivront. Cette première partie traite de l’histoire du féminisme et de l’importance de la construire avec soin. La deuxième partie: https://cerclefeministeulb.wordpress.com/2014/11/22/introduction-aux-feminismes-partie-ii-feminisme-lusage-en-est-le-sens/

Il n’est pas simple de tracer une histoire du féminisme ni des avancées en matière de droits des femmes. Différentes questions se posent : qu’est-ce qui sera considéré comme un mouvement féministe ? Celles qui mènent ces luttes doivent-elles se déclarer féministes pour l’être ou pouvons nous leur attribuer cette étiquette a posteriori? Quel-est le but pragmatique d’une telle histoire ? Quels-sont ses implicites ? Quel présent du féminisme construit-il ?

Continuer la lecture

L’IVG, c’est du vécu : Recueil de témoignages

Parce que l’IVG est un droit attaqué et une revendication, mais aussi et surtout, parce que l’IVG est avant tout un vécu, le CFULB souhaite donner la parole aux femmes afin qu’elles nous parlent de ce vécu, pour que l’IVG en tant qu’expérience racontée ne soit pas un tabou, pour qu’on s’aperçoive dans les faits et concrètement qu’est-ce que l’IVG pour les femmes qui l’ont vécue; pour qu’on s’aperçoive que c’est quelque chose qui se vit, par les femmes.

Nous remercions chaleureusement, pour leur partage et leur parole, les personnes qui nous ont raconté leur histoire. 

Nous renouvelons notre appel : si vous désirez témoigner anonymement de votre expérience (que celle-ci fut bonne, mauvaise ou mitigée) d’IVG en Planning ou en milieu hospitalier, ou de votre contact avec un Planning familial (grossesse, IVG, contraception, …) nous vous invitons à nous envoyer un mail à cerclefeministeulb@yahoo.com, nous publierons votre récit dans ce recueil.

Recueil de témoignages :

 

Alors je raconte mon avortement :
J’avais 16 ans ( en 1966) l’avortement était » puni » de prison
Je  » Fréquentais » un jeune homme dont j’étais extrêmement amoureuse
Ma mère, sachant comment ça allait évoluer m’emmène chez un médecin
Il me prescrit » la » pilule: le Planor, y’en avait qu’une
Mais ne sachant pas quand  » ça allait se passer » je ne la prends pas
Premier rapport sexuel: je suis enceinte tout de suite
 » Marions les  » dit la mère du dit jeune homme
Pour ma mère, pas question: j’allais gâcher ma vie.
Ma mère emprunte de l’argent à son boulot et par l’intermédiaire d’une amie
Qui connaissait un gynéco allemand
Me voilà partie en Allemagne, cachant les sous dans une boite de chocolat….!!!!!
Le gynéco m’avorte. MAIS j’étais enceinte de jumeaux
Et bien qu’endormie, je bougeais trop
Alors il m’en laisse un ( de fœtus)
Rentrée en France et ne sachant pas que j’avais encore  » un bébé dans le ventre » Comme je disais à l’époque
Je me mets à avoir des douleurs insupportables
Je disais à ma grand mère en pleurant » Mamie, je perds des bouts de bébé… »
Parce que quand je faisais pipi je perdais des morceaux de je ne sais quoi? De bébé peut être?!
Ma mère rentre d’un stage qu’elle faisait pour son travail
J’avais plus de 40 degrés de fièvre
C’était en aoùt et de toutes façons AUCUNE clinique de Paris ne voulait me recevoir
Ma mère, sachant que j’allais mourir si rien ne se passait
Fini par dégoter LA clinique qui a terminé cet avortement
Le lendemain de l' » intervention » je demande un calmant à l’infirmière
Tellement j’avais mal » Vous l’avez voulu et bien souffrez maintenant »
Me répond elle
Je dis ça à ma mère qui s’empresse d’aller m’acheter des calmants
Et je ne sais pas ce qu’elle a dit à cette si  » compréhensive » infirmière
Mais je ne l’ai jamais revue!
Avortement  » de confort » disait l’autre à Madame Simone Veil
Tout en lui demandant en coulisses si elle n’aurait pas une adresse
Pour que sa propre femme avorte dans le  » confort ».
Oui mesdemoiselles et mesdames d’aujourd’hui
N’oubliez pas que vos mères, vos grand mères ont parfois laissé leur vie
A cause du  » confort » moral de ces messieurs ( et de certaines femmes d’ailleurs)! »

                                                                                                      ***

Il a de grands yeux bleus.

Et contre toute attente, c’est un petit roux.
Pourtant, quand le test s’est révélé positif, ma première réaction a été d’appeler le planning familial. Mon compagnon n’avait pas de boulot, on vivait à 2 dans un 45m² sans salle de bain, toilettes sur le palier: idéal pour élever un enfant. Ah… et précisons que nous n’étions ensemble que depuis quelque mois. La totale.
Premier rendez-vous au Planning « Aimer à l’ULB »; ma meilleure amie m’accompagne, mon homme a un entretien d’embauche ce jour-là.
Discussion obligatoire avec la psychologue, pour déterminer si je prends ma décision en âme et conscience (juridiquement parlant, je devrai parler de « consentement valide »). C’est une jeune, très sympa. On arrive même à rigoler.
Je lui parle de ce bébé, qui se pointe avec un peu trop d’avance sur le planning, de mon père qui va me tuer et refuse de recevoir mon compagnon, du fait que je viens juste d’avoir mon CDI: d’où la conception d’ailleurs.
J’étais pourtant sous contraception; mais les préservatifs, ce n’est pas efficace à 100%, et la pilule, ça s’oublie.
On discute.
Ensuite, je vois la gynéco, échographie. Ma meilleure amie me tient la main, je demande à voir. Tout le monde est vraiment gentil avec moi, compréhensif.
Rendez-vous de confirmation obligatoire pour la semaine suivante.
Encore une fois, mon compagnon est absent: il a un second entretien d’embauche.
Je revois la même psychologue qui finit par me dire qu’elle n’a pas l’impression que je veux vraiment d’une IVG; que j’ai plus l’air de le demander parce que « c’est la solution raisonnable ».
Effectivement, ça fait une heure que je lui parle des prénoms que j’aurai donné à ce bébé, des métiers que plus tard il pourrait exercer.
Grâce à elle, je prends conscience que je crève d’envie de le garder, mais que « parce que ce n’est pas sage » « parce que ce n’est pas raisonnable », je ne m’étais pas autorisée à y penser. En rentrant chez moi ce soir-là, j’ai dit à mon compagnon que j’aimerai qu’on garde cet enfant. Il m’a dit que lui aussi… et qu’il avait un boulot maintenant.
Notre bébé est devenu notre petit bonheur sur pattes et on envisage de lui faire un petit frère ou une petite soeur dans quelques temps.
J’ai revu la psychologue de Aimer, qui m’a suivi durant ma grossesse. Grâce à elle, j’ai fait beaucoup de chemin.
Merci à toute l’équipe de Aimer.
L.
***

À 20 ans je suis tombée enceinte et je me suis fait avortée dans un planning de Bruxelles.
On laisse 15 jours obligatoires de délai de réflexion, et on m’a donné deux médoc que je devrai prendre quelques heures avant l’intervention : un anti-inflammatoire et un médoc qui dilate le col.
Jour de l’intervention. J’ai pas dormi de la nuit. J’ai pris les médoc. Je vais au planning en confiance bien que je n’ai aucune idée de ce qui m’attends.

Continuer la lecture