Introduction aux féminismes : Partie II. « Féminisme » : l’usage en est le sens

Ce texte est la deuxième partie de la retranscription d’une présentation du 18 mars 2014 faite par Eleanor Miller pour le Cercle Culturel de Philosophie qui nous a demandé une introduction aux féminismes. Il traite du terme « féminisme », de son utilisation politique, du rôle de l’expérience individuelle, de l’importance du collectif, et du passage du premier vers le deuxième. Première partie ici: https://cerclefeministeulb.wordpress.com/2014/03/23/introduction-aux-feminismes-partie-i-complexifier-les-histoires-des-feminismes/

Feminism is a belief that although women and men are inherently of equal worth, most societies privilege men as a group. As a result, social movements are necessary to achieve political equality between women and men, with the understanding that gender always intersects with other social hierarchies. –Estelle Freedman

Une des principales sources de contention que rencontrent les féministes concerne le terme « féminisme ». Son utilisation n’a rien d’anodin car il a un poids politique considérable.  On entend donc de nombreux arguments contre son utilisation. « Je suis pour l’égalité de tout le monde, donc je suis contre la division des luttes », par exemple, sous-entendu, le terme « féminisme » divise une lutte qui serait homogène et universelle, si seulement nous arrêtions de la diviser avec notre fichu vocabulaire. On entendra aussi que le féminisme exclut les hommes, que le mot fait référence à un concept essentialiste, et qu’il est donc incompatible avec Continuer la lecture

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Le Foot : sport démocratique par excellence ?


Germany's Da Mbabi is tackled by Norway's Lund and Mjelde during their women's international friendly soccer match in Mainz

« Reclaim the park » et match Anderlecht-Gand ce 14 novembre!

De ce fait il (le foot) est, en un mot, universel. N’importe où dans le monde, avec un ballon en cuir ou une simple boîte de conserve on peut « jouer » au football. Cela facilite la capacité du plus grand nombre à s’approprier cette discipline à la fois sport, jeu, loisir et profession. Mais cette simplicité n’implique pas pour autant une forme de vulgarité. Il y a plus que cela dans le football : il y a des valeurs.[1]

Certes, le foot est joué partout dans le monde et dans toutes les classes sociales et est de ce fait loué pour ses valeurs démocratiques. Les histoires de joueurs issus de classes dominées, de « zéro à héros » font rêver plus d’un. Le foot d’élite est perçu comme un milieu qui transcende les problèmes de racisme et de reproduction sociale. « Le sport est l’espéranto des races.  » dixit Jean Giraudoux. Par la force de leur corps, par leur talent, par leur cœur et par leur motivation, des petits garçons des quatre coins du monde deviennent grandes stars. A un niveau plus accessible pour le commun des mortels, le sport d’équipe informel revêt une importance énorme dans la rue. Les enfants inoccupés, partout dans le monde, se rejoignent autour d’un ballon ou autre objet pour un apprentissage informel technique et spirituel, pour améliorer leur santé et surtout pour tisser du lien social. Les bienfaits des sports pour les jeunes ne sont plus à prouver, et les programmes étatiques ou autres qui les y encouragent sont très nombreux. Le foot étant le sport le plus aimé de tous et demandant très peu de moyens matériels est joué à tous les niveaux, partout, tout le temps. Le foot serait pour tout le monde. Tout le monde. Toute l’Europe donc, sauf cette petite part de l’Europe qui nait de sexe féminin,

En Belgique, les garçons constituent 80% des pratiquants des sports de combat et des sports collectifs.[2] Selon l’Eurobaromètre 2010, 43% des hommes européens et 37% de femmes pratiquent un sport stricto sensu, soit une différence de 6%.  Au Danemark : 12% filles participent à des compétitions sportives, contre 23% des garçons dans la tranche d’âge des 16-20. Les femmes qui font du sport sont beaucoup plus présentes dans les clubs de fitness que dans l’associatif sportif, constituant en Italie par exemple 60% de leur public. Les raisons évoquées pour la pratique d’un sport diffèrent également en fonction du genre, les hommes citant le dépassement de soi, le défoulement et la compétition, et les femmes privilégiant la santé et bien sûr l’apparence, qui doit être athlétique mais pas trop musculaire. Par ailleurs, seulement 19% de dirigeantes et entraineuses dans le sport d’élite en Europe sont des femmes. [3] La situation est nettement meilleure aux USA, où les sports féminins sont beaucoup plus développés de manière générale, mais le foot n’y a pas l’importance populaire qu’il a chez nous.

Parmi les raisons évoquées par les femmes pour expliquer cela sont le manque de temps, l’influence des paires (notamment pendant l’adolescence), l’influence familiale, le manque de modèles et la mixité. De plus, les femmes s’entrainant surtout en structures commerciales, plus accessibles et plus sécurisées que les parcs ou les coins de rue,  sont aussi les plus précarisées, et le manque de moyens financiers est parfois aussi évoqué. Ces raisons sont toutes des pendants d’un système patriarcal: elles manquent de temps parce qu’elles assurent les tâches domestiques et la garde des enfants ; la police de son corps, les dysmorphies corporelles, rendent très difficile le mouvement libre devant ses pair.e.s adolescent.e.s ; l’influence familiale, le manque de modèle et une mixité qui dérangent reviennent à une persistance des stéréotypes de genre. Les parents n’encouragent pas suffisamment leurs filles à faire du sport, et si elles le font, où sont leurs modèles ? Les sportives sont hyper-sexualisées, alors que c’est précisément pour contrer l’auto-sexualisation qu’il est important pour les femmes et filles de faire du sport. La mixité à l’adolescence est problématique parce qu’on sait que faire des gestes soudains, se donner à fond, être compétitive, revient à ne pas être féminin. Evidemment qu’on le sait : ce sont nos modèles de féminité qui nous l’apprennent ; on connait mieux les noms des femmes des Diables que les noms de l’équipe nationale féminine. Si le petit garçon rêve de devenir Messi ou Ronaldo, de quoi doit rêver donc la petite fille ? D’être sa femme.

Pourtant, la pratique d’un sport a une importance énorme pour les filles. Nous apprenons à définir nos corps entièrement en fonction du male gaze, et nous oublions ses fonctions propres : se déplacer, courir, jouir, jouer, se défendre, se sentir vivre, occuper le monde, se surpasser, se défouler, sont autant de fonctions alternatives à plaire aux regards masculins ou éviter le jugement de l’autre. La pratique d’un sport est un rappel de toute cette magie inhérente à notre existence corporelle, tridimensionnelle, réelle. L’apprentissage d’un sport collectif traditionnellement réservé aux garçons dans l’espace public a en plus une valeur subversive, et que les femmes et filles prennent goût à la subversion est magnifique et essentiel.

Des initiatives existent pour encourager les filles à jouer au foot. Der Kick für Mädchen !, une initiative allemande lancée en 2009, rassemble des filles adolescentes d’écoles difficiles dans une équipe de foot. Open Sundays, un projet suisse, vise à rendre accessible des espaces sportifs aux jeunes, avec des espaces réservées aux filles, dont le taux de participation monte alors à 37,8% en 2009, restant loin de la moitié. Ces très belles initiatives ne sont malheureusement pas suffisantes et les filles restent absentes des terrains publics sportifs. Baladez-vous dans n’importe quel parc de Bruxelles un jour ensoleillé, et vous verrez des garçons et hommes jouer et éventuellement des filles et femmes assises sur les bancs, occupées à les regarder, à les soutenir.

Dans les parcs, comme dans les clubs, comme à la télé, les filles et femmes sont soit absentes soit invisibles. ULB Sports n’a même pas d’entrainements de foot pour les femmes. Le jeu est pourtant intéressant, avec des femmes comme avec des hommes, à jouer comme à visionner. La Belgique a des équipes de femmes, et si leur niveau de jeu n’est pas celui de certaines équipes masculines, on peut rétorquer que les relations entre le niveau et la popularité n’est pas simple : publicité entraine argent qui entraine meilleurs entrainements qui entraine meilleur jeu qui entraine publicité, etc. En attendant, on peut déjà apprécier les matchs. Les prouesses techniques, l’esprit compétitif, les histoires humaines, tout ce que l’on aime dans le foot masculin est aussi présent dans le foot féminin, mais ces femmes persistent à jouer sans la presse, sans les supporters, sans devenir des symboles de fierté locale ou de succès, sans qu’on parle d’elles. Eric Cantona écrit «Quand les gens parlent de toi, c’est que tu existes. ». Je vous invite à faire exister avec nous ces joueuses et à prouver à Blatter qu’il ne faut pas habiller les joueuses en tenues sexy pour qu’on les regarde (http://www.francesoir.fr/sport/football/mauvaise-tenue-sepp-blatter-143909.html).

En ce faisant, peut-être pourrions-nous aussi développer le sens de communauté qu’apporte le partage de la culture du foot masculin, que les hommes peuvent prendre pour acquis ; peut-être pourrions-nous nous croiser dans la rue et dire « t’as vu le match hier ? ». Le lendemain de n’importe quel match masculin qui compte un peu, il suffit de cela pour lancer la conversation. En parler, comme le jouer, tisse du lien social : le foot est bien un véhicule magnifique de cohésion, d’amitié, de partage. Seule, je peux regarder un match de l’équipe de dames, mais je n’aurai personne avec qui en parler.

Regardons-les donc ensemble. Prenons-y goût.  Supportons, chantons, admirons les joueuses pour leur prouesse athlétique, refusons tout jugement sur leur physique et parlons-en le lendemain: « Z’avez vu le match les filles ? ». Jouons, aussi, occupons les parcs, qui sont occupés quasi exclusivement par des garçons et des hommes. Utilisons nos corps pour prendre la place que l’on mérite. Ces espaces publics, ces liens sociaux, cette culture démocratique du foot, cette camaraderie, cette appartenance, ces modèles peuvent nous appartenir aussi, prenons-les, ensemble, malgré les obstacles. Le foot a des leçons pour l’activisme : ce qui compte n’est pas si on gagne mais comment on joue. Le féminisme, comme le sport, va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre[4]. En féminisme, comme en sport, dès qu’on arrête, on régresse[5]. Parce que l’activisme collectif, comme le football, aussi bien que le rugby et le cricket et les autres sports collectifs, a le pouvoir de guérir les blessures[6].  Un monde où il est possible pour une femme d’être admirée sans l’obligation de féminité semble très lointain, mais comme disait l’entraineur Louis Fernandez, « échouer, peut-être ; démissionner, jamais. »

Eleanor Miller

PROGRAMME

Ce 14 novembre, ramenons un maximum de spectatrices-eurs pour le match RSCA Anderlecht-Gand à 20h30!

Ca se déroule à l’Euro 2000, à Tubize. Départ groupé en train, de Bruxelles-Centrale à 19h36, ou rendez-vous sur place.

Prix : 10,20€ place et train inclus ou 5€ la place. Inscriptions via mail à cerclefeministeulb@yahoo.com avant le 12 novembre pour celles qui veulent payer via le cercle.

« Reclaim the Park » : occupons les parcs de la ville le dimanche pour un match de foot. Première activité le dimanche 16 novembre à 16h. Détails à suivre!

ALLEZ LES MAUVEEES
[1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/06/11/football-et-democratie_1370647_3232.html

[2] http://www.kbsfrb.be/uploadedfiles/kbsfrb/files/fr/pub_1101_gestion_et_organisation_du_sport_en_belgique%20.pdf

[3]http://www.coe.int/t/dg4/epas/publications/Manuel2_Egalite_homme_femme_dans_le_sport.pdf

[4] Paraphrase de Pierre Coubertin

[5] Paraphrase de Marc Pajot

[6] Paraphrase de Nelson Mandela

N.B. : Google images pouvant être un bon indicateur des perceptions et représentations de la société sur divers sujets, nous vous proposons un petit aperçu des résultats obtenus autour du thème « femmes et foot » vs le thème « hommes et foot » (pour un aperçu de la représentation iconographique et sociale des hommes et des femmes de manière générale et hors de la spécificité foot, nous vous invitons également à taper simplement « femme » dans le moteur de recherche Google images et de comparer les résultats avec la recherche « hommes » dans le même moteur de recherche). Vous pouvez cliquer sur les images pour un grand format.

« Femmes Foot » :

Femmes foot google images

« Hommes foot » :

Hommes Foot Google images

« Femmes footballeuses » :

Femmes Footballeuses Google images

« Hommes footballeurs » :

Hommes footballeurs Google images

 

« RSCA Anderlecht femmes » :

RSCA Anderlecht Femmes Googles images

« RSCA Anderlecht hommes » :

RSCA Anderlecht hommes Google images

 

« RSCA Anderlecht » (1) :

RSCA Anderlecht Google images

« RSCA Anderlecht » (2) :

RSCA Anderlecht 2

Etre femme chère aux frères ou être mathématicienne?

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En tant que féministes universitaires, on entend souvent que le féminisme est obsolète dans ce milieu, car l’égalité y serait acquise. Les systèmes d’éducation visent l’apprentissage à l’égalité, donc plus tu seras éduqué.e plus tu seras égalitaire, selon la logique (élitiste) des temps. Mais où sont formés les futurs preneurs de décisions qui sont responsables du maintien d’un système sexiste, raciste et classiste? Seraient-ils sourds à cet apprentissage ? Seraient-ils des exceptions? Auraient-ils développé leur vision du monde ailleurs qu’à l’université?

Sans parler du sexisme ordinaire dont souffrent toutes les femmes dans tous les milieux, qu’en est-il du domaine spécifiquement académique qu’est « la » science? En 2005, Larry Summers, président de Harvard à l’époque, crée un véritable scandale quand il suggère que la sous-représentation des femmes en math et en sciences s’expliquerait par une différence entre les sexes au niveau des capacités innées. Il declare: « There may also be elements, by the way, of differing, there is some, particularly in some attributes, that bear on engineering, there is reasonably strong evidence of taste differences between little girls and little boys that are not easy to attribute to socialization.” (Boston Globe, 2005). Ceci vient du président d’une des universités les plus respectées au monde. Le cercle féministe de Harvard à l’époque l’a attaqué pour ses remarques, et il n’a jamais été réélu à son poste, même s’il ne s’en porte pas plus mal (devenu millionnaire et membre de l’administration Obama). Continuer la lecture

La Suédoise est un Suédois

Le Cercle Féministe rejoint la Manifestation Nationale ce jeudi 6 novembre pour dire NON aux mesures antisociales !

Nous voilà donc avec un nouveau gouvernement. Si le gouvernement sortant n’était certainement pas à la hauteur des discours de son Premier Ministre socialiste, nous pensons fermement que le gouvernement rentrant ne fera qu’accentuer les problèmes sociaux et économiques de notre pays. Les entreprises peuvent se réjouir de cette coalition, mais, comme le déclarent nombre d’associations, syndicats et partis, les travailleurs vont souffrir ; les travailleurs souffriront, effectivement, et qu’en est-il des travailleuses ? Les travailleuses, comme toutes les femmes, souffriront, proportionnellement, plus que les hommes. Continuer la lecture

Ma première Coupe du Monde (du foot. Masculin.)

J’ai grandi sans télé. Ceci avait certains avantages : me laisser un espace pour forger mes propres opinions, m’éviter d’intégrer certains clichés ou encore me laisser du temps libre pour d’autres activités culturelles. Ceci avait aussi l’inconvénient notable de faire de moi une citoyenne absente de tout un bagage culturel, d’un véritable langage de cohésion sociale, celui qui est constitutif même de la citoyenneté belge. Ceci est d’autant plus vrai que mes parents ne sont pas, eux, belges, et que ces références culturelles dont sont outillé.e.s tou.te.s les « vrai.e.s » Belges ne pouvaient pas non plus me venir d’eux. Nous, les six enfants de mes parents, sommes donc porteurs d’un ensemble de références culturelles particulier, notre culture américaine s’arrêtant en 1970, quand mes parents ont migré, et notre culture belge faite de bribes récoltées à l’école et dans la rue. Continuer la lecture

L’IVG, c’est du vécu : Recueil de témoignages

Parce que l’IVG est un droit attaqué et une revendication, mais aussi et surtout, parce que l’IVG est avant tout un vécu, le CFULB souhaite donner la parole aux femmes afin qu’elles nous parlent de ce vécu, pour que l’IVG en tant qu’expérience racontée ne soit pas un tabou, pour qu’on s’aperçoive dans les faits et concrètement qu’est-ce que l’IVG pour les femmes qui l’ont vécue; pour qu’on s’aperçoive que c’est quelque chose qui se vit, par les femmes.

Nous remercions chaleureusement, pour leur partage et leur parole, les personnes qui nous ont raconté leur histoire. 

Nous renouvelons notre appel : si vous désirez témoigner anonymement de votre expérience (que celle-ci fut bonne, mauvaise ou mitigée) d’IVG en Planning ou en milieu hospitalier, ou de votre contact avec un Planning familial (grossesse, IVG, contraception, …) nous vous invitons à nous envoyer un mail à cerclefeministeulb@yahoo.com, nous publierons votre récit dans ce recueil.

Recueil de témoignages :

 

Alors je raconte mon avortement :
J’avais 16 ans ( en 1966) l’avortement était » puni » de prison
Je  » Fréquentais » un jeune homme dont j’étais extrêmement amoureuse
Ma mère, sachant comment ça allait évoluer m’emmène chez un médecin
Il me prescrit » la » pilule: le Planor, y’en avait qu’une
Mais ne sachant pas quand  » ça allait se passer » je ne la prends pas
Premier rapport sexuel: je suis enceinte tout de suite
 » Marions les  » dit la mère du dit jeune homme
Pour ma mère, pas question: j’allais gâcher ma vie.
Ma mère emprunte de l’argent à son boulot et par l’intermédiaire d’une amie
Qui connaissait un gynéco allemand
Me voilà partie en Allemagne, cachant les sous dans une boite de chocolat….!!!!!
Le gynéco m’avorte. MAIS j’étais enceinte de jumeaux
Et bien qu’endormie, je bougeais trop
Alors il m’en laisse un ( de fœtus)
Rentrée en France et ne sachant pas que j’avais encore  » un bébé dans le ventre » Comme je disais à l’époque
Je me mets à avoir des douleurs insupportables
Je disais à ma grand mère en pleurant » Mamie, je perds des bouts de bébé… »
Parce que quand je faisais pipi je perdais des morceaux de je ne sais quoi? De bébé peut être?!
Ma mère rentre d’un stage qu’elle faisait pour son travail
J’avais plus de 40 degrés de fièvre
C’était en aoùt et de toutes façons AUCUNE clinique de Paris ne voulait me recevoir
Ma mère, sachant que j’allais mourir si rien ne se passait
Fini par dégoter LA clinique qui a terminé cet avortement
Le lendemain de l' » intervention » je demande un calmant à l’infirmière
Tellement j’avais mal » Vous l’avez voulu et bien souffrez maintenant »
Me répond elle
Je dis ça à ma mère qui s’empresse d’aller m’acheter des calmants
Et je ne sais pas ce qu’elle a dit à cette si  » compréhensive » infirmière
Mais je ne l’ai jamais revue!
Avortement  » de confort » disait l’autre à Madame Simone Veil
Tout en lui demandant en coulisses si elle n’aurait pas une adresse
Pour que sa propre femme avorte dans le  » confort ».
Oui mesdemoiselles et mesdames d’aujourd’hui
N’oubliez pas que vos mères, vos grand mères ont parfois laissé leur vie
A cause du  » confort » moral de ces messieurs ( et de certaines femmes d’ailleurs)! »

                                                                                                      ***

Il a de grands yeux bleus.

Et contre toute attente, c’est un petit roux.
Pourtant, quand le test s’est révélé positif, ma première réaction a été d’appeler le planning familial. Mon compagnon n’avait pas de boulot, on vivait à 2 dans un 45m² sans salle de bain, toilettes sur le palier: idéal pour élever un enfant. Ah… et précisons que nous n’étions ensemble que depuis quelque mois. La totale.
Premier rendez-vous au Planning « Aimer à l’ULB »; ma meilleure amie m’accompagne, mon homme a un entretien d’embauche ce jour-là.
Discussion obligatoire avec la psychologue, pour déterminer si je prends ma décision en âme et conscience (juridiquement parlant, je devrai parler de « consentement valide »). C’est une jeune, très sympa. On arrive même à rigoler.
Je lui parle de ce bébé, qui se pointe avec un peu trop d’avance sur le planning, de mon père qui va me tuer et refuse de recevoir mon compagnon, du fait que je viens juste d’avoir mon CDI: d’où la conception d’ailleurs.
J’étais pourtant sous contraception; mais les préservatifs, ce n’est pas efficace à 100%, et la pilule, ça s’oublie.
On discute.
Ensuite, je vois la gynéco, échographie. Ma meilleure amie me tient la main, je demande à voir. Tout le monde est vraiment gentil avec moi, compréhensif.
Rendez-vous de confirmation obligatoire pour la semaine suivante.
Encore une fois, mon compagnon est absent: il a un second entretien d’embauche.
Je revois la même psychologue qui finit par me dire qu’elle n’a pas l’impression que je veux vraiment d’une IVG; que j’ai plus l’air de le demander parce que « c’est la solution raisonnable ».
Effectivement, ça fait une heure que je lui parle des prénoms que j’aurai donné à ce bébé, des métiers que plus tard il pourrait exercer.
Grâce à elle, je prends conscience que je crève d’envie de le garder, mais que « parce que ce n’est pas sage » « parce que ce n’est pas raisonnable », je ne m’étais pas autorisée à y penser. En rentrant chez moi ce soir-là, j’ai dit à mon compagnon que j’aimerai qu’on garde cet enfant. Il m’a dit que lui aussi… et qu’il avait un boulot maintenant.
Notre bébé est devenu notre petit bonheur sur pattes et on envisage de lui faire un petit frère ou une petite soeur dans quelques temps.
J’ai revu la psychologue de Aimer, qui m’a suivi durant ma grossesse. Grâce à elle, j’ai fait beaucoup de chemin.
Merci à toute l’équipe de Aimer.
L.
***

À 20 ans je suis tombée enceinte et je me suis fait avortée dans un planning de Bruxelles.
On laisse 15 jours obligatoires de délai de réflexion, et on m’a donné deux médoc que je devrai prendre quelques heures avant l’intervention : un anti-inflammatoire et un médoc qui dilate le col.
Jour de l’intervention. J’ai pas dormi de la nuit. J’ai pris les médoc. Je vais au planning en confiance bien que je n’ai aucune idée de ce qui m’attends.

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Appel à témoignages pour le CFULB et 1er témoignage sur l’IVG

Bonjour à toutes et tous :-)! 

Le Cercle féministe de l’ULB est à la recherche de témoignages de personnes ayant été en relation avec des plannings familiaux belges pour une possible grossesse et/ou une IVG.
Comme en témoigne cet article pour la France en milieu hospitalier
, nous avons pu constater qu’en Belgique le droit à avorter était parfois rendu compliqué dans des plannings familiaux.
Nous aimerions que vous partagiez avec nous votre expérience -qu’elle soit positive ou négative ou les deux- d’une IVG en milieu hospitalier ou en planning, ou votre expérience -positive ou négative ou les deux- d’une consultation (grossesse/IVG) en planning.

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