Le Cercle Féministe de l’ULB appelle à contrer les idées de Zemmour en participant à « l’apéro alternatif spécial Zemmour »

Zemmour, grand agitateur surmédiatisé ces derniers mois, surtout et tristement connu pour ses propos racistes, nourrit le discours de l’extrême droite avec des déclarations que nous considérons sans pertinence, mensongères voire répréhensibles.

Moins épinglés par les médias, le sexisme et machisme affichés par Zemmour font également de lui une personne infréquentable1. Ses nombreuses interviews sont significatives de sa considération – ou plutôt sa non-considération – envers les femmes en affirmant, par exemple, « Comment les femmes sont-elles entrées à l’Assemblée nationale et au Sénat ? Par des lois de parité qui ont obligé les gens à les mettre sur des listes. Et je ne vous dirai pas comment on les a mises là … On a mis les amies, les femmes, les maîtresses, etc. » 2

Il chahute sur les ondes, fait exploser l’audimat. La formule fonctionne. Rien ne peut arrêter Zemmour et son égo (on réserverait presque un deuxième siège pour ce dernier sur les plateaux). Dans cette course effrénée à la propagande sexiste, raciste et nationaliste, Zemmour publiait en 2006 son pamphlet « Le Premier Sexe » qui salit le brillant esprit de Simone de Beauvoir et son ouvrage « Le Deuxième Sexe » et qui prouve, s’il le fallait encore, son ignorance/bêtise/indigence intellectuelle (biffer éventuellement une mention inutile). En effet, il y affirme, entre autres, « … [Les femmes] ne créent pas, elles entretiennent. Elles n’inventent pas, elles conservent. Elles ne forcent pas, elles préservent. Elles ne transgressent pas, elles civilisent. Elles ne règnent pas, elles régentent. En se féminisant, les hommes se stérilisent, ils s’interdisent toute audace, toute innovation, toute transgression … »3

Pour le Cercle Féministe de l’ULB, cet apéro alternatif est une tribune idéale pour donner la parole à des intervenant.e.s dont la présence nous semble intéressante et légitime, à l’inverse de celle de Zemmour. Cette contre-conférence mettra en avant des sujets qu’il nous tient à cœur de voir davantage dans le débat public tels que : le féminisme, l’antiracisme, l’égalité, la jeunesse, la voix des sans-papiers, etc.

Dans cette optique, le Cercle Féministe de l’ULB désire faire entendre, à l’instar des autres invité.e.s, un message féministe, positif, solidaire et multiculturel. Cette action citoyenne, parmi tant d’autres, concrétise la volonté commune d’une société alternative.

Le Cercle Féministe de l’ULB signataire de l’appel lancé par Comac à se rassembler contre la venue d’Eric Zemmour à Bruxelles vous invite tou.te.s, féministes, égalitaires, à nourrir ensemble cet espoir ce mardi 6 janvier 2015 à 12h au café Volle Brol, place du Jeu de Balle dans les Marolles !

Apolline Vranken

Evènement facebook : https://www.facebook.com/events/772551296147401/

1 La liberté d’expression sans Eric Zemmour

http://www.liberation.fr/societe/2014/12/28/la-liberte-d-expression-sans-eric-zemmour_1170992?utm_source=Facebook&utm_medium=Social&utm_campaign=SocialMediaEditor

2 Sexisme: Zemmour s’attire les foudres du « Monde » et de France Inter

http://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20131016.OBS1316/sexisme-zemmour-s-attire-les-foudres-du-monde-et-de-france-inter.html

3 Apprenons à penser comme Eric Zemmour (en 9 points)

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20141017.OBS2487/apprenons-a-penser-comme-eric-zemmour-en-9-points.html

Advertisements

Communiqué : le Cercle féministe de l’ULB soutient la grève générale du 15 décembre

Face aux mesures d’austérité annoncées par le gouvernement, le Cercle féministe de l’ULB souhaite affirmer son soutien aux grévistes du 15 décembre 2014.

En effet, il ne fait aucun doute que les mesures annoncées par la suédoise toucheront durement les femmes, davantage que les hommes. L’augmentation de l’âge de la pension, les économies dans les soins de santé, les attaques aux temps partiels, et autres politiques d’austérité ne vont que renforcer les inégalités entre les genres et aggraver la situation, déjà précaire, de nombreuses femmes.

Nous constatons et dénonçons le manque d’application de l’Etat dans son obligation légale, entrée en vigueur depuis 2007, de prendre en compte la dimension « genre » dans toutes ses décisions. C’est ce qu’on appelle le gender mainstreaming. Le nouveau gouvernement réaffirme dans son accord son intention d’appliquer ce principe, stipulant à la page 225 à cet effet que « Le gouvernement œuvrera à intégrer la dimension du genre dans chaque domaine politique en vue d’éliminer les inégalités existantes et d’éviter que la politique gouvernementale ne crée ou ne renforce une inégalité entre les femmes et les hommes. Une attention particulière sera accordée aux différences qui existent entre les femmes et les hommes dans le cadre des réformes socioéconomiques. » La bonne application de ce principe est d’autant plus importante dans un contexte d’austérité et de « relance économique par l’offre ». Elle aurait pu, par exemple, passer par la mise en place d’un ministère fédéral des Droits des femmes, ce que les associations de femmes demandaient.

Par ailleurs, la parité homme-femme contribue à la promotion et à la défense des femmes, notamment via la représentation gouvernementale. Quand seulement 4 postes sur 18 sont occupés par des femmes, la suédoise est un suédois.

Nous nous opposons donc aux mesures avancées par le gouvernement et demandons avec insistance au Premier et à ses ministres une véritable réflexion sur les inégalités hommes-femmes et sur la précarisation féminine afin de mener un réel travail pour les combattre. Fidèles à notre apartisme, nous ne nous rangeons sous aucun drapeau si ce n’est celui de la cause des femmes.

Préoccupé.e.s par le futur des femmes menacées par les nouvelles mesures gouvernementales et sous-représentées dans le nouveau gouvernement, nous vous invitons tou.te.s, féministes, égalitaires, à soutenir la grève générale du 15 décembre !

Le Cercle féministe de l’ULB.

Fatigue et espoir en cette journée contre les violences faites aux femmes

Chèr.e.s tou.te.s,

Encore une année de passée depuis la dernière journée contre les violences faites contre les femmes. Qu’est-ce qui a changé depuis ? Pas grand-chose… Les chiffres ne changent pas sensiblement, l’austérité rend les vies des femmes de plus en plus dures et les droites continuent à augmenter leur pouvoir. Les femmes sont toujours victimes de violences terribles, ici comme ailleurs, dont les violences économiques ne sont pas les moindres et sont en plus la condition sine qua non d’autres violences: une femme dépendante financièrement est potentiellement coincée dans son ménage. Les solutions miracles n’existent pas, et le futur sera difficile, comme le présent. Parfois l’ampleur et la multiplicité des violences que subissent les femmes semblent insurmontables, et nous voulons, je veux, baisser les bras. Encore une année de passée avec de nombreuses horreurs, tellement d’horreurs que parfois le combat que nous menons semble impossible, le patriarcat trop grand et trop puissant.

Mais la lutte continue. La lutte continuera toujours. Nous perdons des batailles tous les jours, mais la guerre est loin d’être finie. Nous résistons, quand nous parlons, quand nous disons non, quand nous luttons ensemble, quand nous forgeons des liens par empathie et par écoute de l’autre.

« They tried to bury us. They didn’t know we were seeds. » Proverbe méxicain

La structure du pouvoir qui permet et appuie les violences qui nous ciblent est énorme, bien-sûr, mais l’herbe qui pousse sous le rocher le décompose petit à petit, et nous sommes cette herbe. Nous sommes des herbes sauvages, des graines, des germes qui rendons friable ce rocher. Tant que nous respirons, tant que nous trouvons des poches de liberté, des moments de bonheur, il y a de l’espoir. Pour emprunter la métaphore de Donna Haraway, nous sommes un compost qui se régénère, dont la santé et la continuité sont garanties par des poches d’air et par des mélanges fertiles d’éléments dont le pouvoir ne s’occupe pas parce qu’il sous-estime leur valeur. Dans l’hétérogénéité du compost se trouve un pouvoir que le Pouvoir homogène ne pourra jamais connaitre.

A l’austérité, nous répondons avec une solidarité et une inventivité que l’Etat ne pourra jamais réglementer. A la destruction des terres fertiles, nous répondons avec des bombes de graines. Aux violences, nous répondons par la survie. Nous vivons dans la boue, et nous serons de plus en plus nombreux.ses à vivre dans la boue, mais c’est là que se passent des choses magnifiques. Les possibilités que se donne l’être humain, la créativité et la persévérance dont elle fait preuve en situation difficile sont la preuve que l’espoir persiste ; il y a toujours de l’espoir, il y en aura toujours.

Nous continuons à nous organiser, à apprendre de nos erreurs, à souffrir et à trouver les moyens de surmonter nos difficultés ; nous continuons à survivre, à forger des relations amoureuses et amicales dans un monde où tout est comodifié. Nous  continuons à refuser d’être les soldates (brigade service spécial sexuel, maternel, productif, domestique) parfaites qu’on nous demande d’être. Le Pouvoir est puissant et ses visages sont nombreux. Il récupère nos idées et se reproduit à un rythme incroyable, mais il est moins flexible que la résistance et il le sera toujours. La résistance foisonne, et c’est dans ce foisonnement de solutions pragmatiques, personnelles, interpersonnelles, inattendues, que vit notre politique.

Continuons à germer. Continuons à pousser en dessous du rocher. Continuons à survivre, à respirer, à lutter.

Eleanor Miller

Introduction aux féminismes : Partie II. « Féminisme » : l’usage en est le sens

Ce texte est la deuxième partie de la retranscription d’une présentation du 18 mars 2014 faite par Eleanor Miller pour le Cercle Culturel de Philosophie qui nous a demandé une introduction aux féminismes. Il traite du terme « féminisme », de son utilisation politique, du rôle de l’expérience individuelle, de l’importance du collectif, et du passage du premier vers le deuxième. Première partie ici: https://cerclefeministeulb.wordpress.com/2014/03/23/introduction-aux-feminismes-partie-i-complexifier-les-histoires-des-feminismes/

Feminism is a belief that although women and men are inherently of equal worth, most societies privilege men as a group. As a result, social movements are necessary to achieve political equality between women and men, with the understanding that gender always intersects with other social hierarchies. –Estelle Freedman

Une des principales sources de contention que rencontrent les féministes concerne le terme « féminisme ». Son utilisation n’a rien d’anodin car il a un poids politique considérable.  On entend donc de nombreux arguments contre son utilisation. « Je suis pour l’égalité de tout le monde, donc je suis contre la division des luttes », par exemple, sous-entendu, le terme « féminisme » divise une lutte qui serait homogène et universelle, si seulement nous arrêtions de la diviser avec notre fichu vocabulaire. On entendra aussi que le féminisme exclut les hommes, que le mot fait référence à un concept essentialiste, et qu’il est donc incompatible avec Continuer la lecture

La DH : toute l’information foot ?

Correction: la DH répond que ces résultats se retrouvent bien sur leur site. Effectivement, on peut trouver les résultats de la BeneLeague en allant dans « sport », puis « classement », puis « résultats », et en cherchant bien. Une recherche sur leur moteur de recherche ne mène pas à cette page, et cette page n’a aucun lien avec la rubrique « football ».

Résultats présents, donc, mais invisibilisés. Nous nous excusons néanmoins pour l’information inexacte. 

La DH prétend être le site le plus complet en matière d’informations sur le foot. « Toute l’information foot » ? Faux : toute l’information sur le foot masculin. Les championnats belges, étrangers et internationaux, les divisions 1, 2, et 3 du foot masculin y sont bien, mais pas un mot sur le foot féminin, même national. Tapez «BeNeLeague », la ligue belgo-néerlandaise de foot féminin, où joue l’élite des joueuses du foot féminin belge,  dans le moteur de recherche de la DH, et vous trouverez cinq résultats sur autant d’années. Le premier concerne, surprise surprise, un événement où les joueuses de l’équipe d’Anvers ont posé en lingerie, suite à une promesse qu’elles ont faite en échange de la présence de 2000 supporters[1].UntitledJe leur ai donc envoyé la lettre suivante :

« Chère Madame, cher Monsieur,

Vous présentez votre site de football comme étant complet, mais on ne peut y trouver uniquement des informations, certes très complètes, concernant les ligues masculines. En tant que fan du football, je trouve cela très dommage. J’aimerais voir sur votre site au moins les résultats des matchs de la BeNeLeague. Sinon, par souci d’exactitude, je vous invite à rebaptiser cette section de votre journal « Football Masculin ». Comme ça pourrions-nous lire « Le foot masculin belge et à l’étranger n’a qu’un site d’informations ! », ce qui serait plus juste.

Je vous prie, Madame, Monsieur, de croire en mes sentiments les plus distingués,

Eleanor Miller ».

Si vous aussi, vous en avez marre que les sports collectifs soient promus comme l’apanage des hommes, envoyez une lettre ou un mail à la rédaction de la DH.

Vous trouverez leurs coordonnées ici : http://www.dhnet.be/page/coordonnees

[1] http://www.dhnet.be/sports/football/les-antwerp-ladies-tombent-le-maillot-52386d9c3570b0befbe24aa6

Formations militantes: pour que chaque citoyen.ne sache défendre ses droits!

Pour un service d’ordre féminin à la mobilisation pro-choix du 29 mars !

Formation le jeudi 27 novembre

 vie digne

On entend souvent que les féministes ne sont jamais d’accord entre elles. Effectivement, il n’y a pas une doctrine féministe régie par une institution. Le féminisme est un ensemble de pratiques et de croyances très variées et les débats concernent autant les modes d’actions que les revendications. Ceci n’est pas l’indication d’un problème, mais de la bonne santé du mouvement, car l’homogénéité est la mort de la politique. Les femmes peuvent souhaiter vivre de manières très différentes ; elles sont, après tout, toutes différentes, ce qui est le corollaire naturel de la déconstruction de l’essentialisme. Ce qui nous constitue en groupe d’intérêt n’est pas l’homogénéité de nos envies ou de nos modes de vie souhaités, mais que nous nous trouvons toutes sous le joug des mêmes contraintes, coincées dans des rôles que nous n’avons pas déterminés pour nous-mêmes et dans des situations qui nuisent à nos droits fondamentaux.

Ne me libérez pas, je m’en charge!

Les féminismes doivent donc viser à élargir les possibilités des femmes. Si toutes les femmes étaient outillées pour défendre des intérêts qui leur sont chers, nous ne devrions plus, en tant que féministes, nous demander ce qui ferait leur bonheur et leur liberté, car nous pourrions toutes l’exprimer et le réaliser, librement, publiquement, fortement. Or, l’apprentissage à la pression citoyenne, au militantisme, ne fait pas partie de l’éducation des classes opprimées, dont les femmes. Quand l’égalité est acquise de jure, exclure les femmes de l’espace publique, de la parole publique et citoyenne, est un moyen premier de les maintenir malgré tout dans leur position de citoyennes de seconde classe. Les collectifs militants sont dominés par les hommes, au même titre que toutes les institutions belges. Les femmes qui sont présentes ont tendance à disparaître si elles ont des enfants, les réunions en soirée et l’énergie demandées rendant difficile la conjugaison d’une vie de famille avec le militantisme. Les porte-paroles des associations et partis de gauche sont d’ailleurs majoritairement des hommes. Pour une femme, tenter de se faire entendre à une réunion quelconque reste chose difficile.

Les femmes sont donc insuffisamment outillées pour défendre leurs droits. Elles sont par ailleurs socialisées pour se remettre en question plutôt que de remettre en question leur entourage. Ceci a pour conséquence une certaine récupération des luttes des femmes pour les intérêts masculins. Prenons par exemple les mobilisations pro-choix : pourquoi rassemblent-elles des milliers, femmes et hommes confondus, alors que lors des mobilisations pour d’autres causes féministes, ces alliés masculins sont absents? En ces temps, la liberté sexuelle est trop souvent brandie comme une étiquette féministe qui cache une défense de la liberté des hommes à disposer de nos corps. Ne devrions-nous pas être pls vigilantes et faire plus d’efforts pour (re)prendre le contrôle de la lutte pour l’accès à la contraception et à l’IVG ? Ne devrions-nous pas nous demander pourquoi cela intéresse tant les hommes alors que des problèmes tels que le harcèlement sexuel au travail sont l’objet de commentaires minimisants, voire dénigrants ? Lecteur homme dont les intentions sont bonnes, posez-vous les questions suivantes : quelle cause féministe vous intéresse le plus ? Pourquoi ? Lectrice, pensez au dernier événement militant auquel vous avez participé. De quoi s’agissait-il ? Des hommes étaient-ils présents?

L’importance accordée à une lutte féministe est variable ; des intérêts féministes qui rejoignent ceux des hommes seront défendus avec plus de ressources que des intérêts qui remettent en question leurs privilèges. De manière similaire, une cause qui peut être instrumentalisée à des fins de domination sociale occupera les médias et autres ressources publiques, alors que nous n’atteignons jamais cette visibilité avec un problème comme les inégalités au travail. Afin d’éviter ceci, une seule solution : outiller les femmes. De très importantes négociations concernant le projet social de la Belgique ont maintenant lieu ; si nous voulons que les revendications féministes soient prises au sérieux, nous devons impérativement être présentes ; dans les collectifs, dans les médias, dans la rue.

Nous proposons à cette fin une série de formations au militantisme ; la toute première portera sur le service d’ordre. Nous apprendrons ce jeudi 27 novembre à préparer et à assurer un service d’ordre de manifestation. Celle-ci est ouverte à toute femme, et une de ses raisons d’être est que le Cercle Féministe souhaiterait une première ligne de femmes à la manifestation pro-choix du 29 mars. L’image présentée chaque année à cette mobilisation est celle d’une île de femmes entourée d’un service d’ordre masculin, la figure même du protecteur patriarcal. Nous pensons que ceci n’est pas anodin. Nous sommes entièrement capables de gérer cette lutte comme nous l’entendons, et nous faisons assez confiance à nos alliés masculins pour penser qu’ils comprendront et qu’ils seront présents.

Imaginez la mobilisation du 29 mars. Imaginez un service d’ordre de femmes. Imaginez des femmes au micro, et uniquement des femmes. Imaginez la présence d’alliés masculins, contents de nous laisser prendre la parole et de gérer cette lutte. N’est-ce pas beau comme image ? Réalisons-la, ensemble.

Eleanor Miller

27/11/2014 à 18h30, formation au service d’ordre avec Nassera Saoudi

Inscriptions via cerclefeministeulb@yahoo.com. Cette formation est gratuite mais une contribution à la collecte pour les SDF avec qui travaille Nassera sera la bienvenue.

La rue : une zone d’intimidation pour les femmes

rue_rucheReprenons la rue ensemble ce mardi 25 novembre par une balade nocturne; à partir de 21h. 

de Meredith Borodine de Kirdetzoff

  Ca commence parfois simplement par un bonjour ou un    sourire. Pour certaines, le sourire en coin est déjà de trop. Je fais partie de celles qui sont lassées au bout de cinq «  bonjour » . De quoi je parle? Je ne parle pas de courtoisie du quotidien, mais bien de harcèlement de rue.

C’est un terme qui fait peur à certains, qui a peut-être l’air trop exagéré pour d’autres, hommes et femmes. Voici ce qu’en dit Peggy Sastre  «  Mais pourquoi une telle réaction ? Qu’y-a-t-il de si traumatisant à admettre qu’on puisse être, à un moment donné, un objet de désir « brut » pour autrui ? Je ne sous-entends absolument pas qu’il « faudrait » plutôt être flatté, ou excité, ou je ne sais quoi, je dis surtout que l’opinion d’une tierce personne sur la vôtre, de personne, ne dit absolument rien, n’a absolument rien à dire de ce que vous pouvez être.

Arpenter l’espace public, c’est nécessairement susciter des jugements dans l’esprit des gens que vous pouvez y croiser.  Pourquoi un jugement de nature sexuelle et l’expression de ce jugement, cherchant bien entendu à initier une interaction de nature sexuelle, serait-il plus oppressant que tous les autres types d’interactions, tous les autres types de jugements plus ou moins verbalement exprimés ? À part à faire du sexe un élément exceptionnel, pour ne pas dire sacralisé et sanctuarisé, de notre quotidien ? »(1)

A ceci je réponds, que malgré le fait que les femmes elles aussi, selon leur orientation sexuelle observent les hommes qu’elles croisent. Elles aussi sourient aux personnes qui leur plaisent, elles aussi tentent de les aborder. Cependant, une expression que je trouve tout à fait juste intervient ici. «  When a man says no in this culture, it’s the end of the discussion. When a woman says no, it’s the beginning of a négociation. »  – Gavin De Becker ( «  Quand un homme dit non dans cette culture, c’est la fin de la discussion. Quand une femme dit non, c’est le début de la négociation. » ).

Il n’est pas question de sacraliser le sexe. Le sexe est quelque chose de propre à chacun, quelque chose de privé, que l’individu choisi de partager avec autrui ou non. Sortir dans la rue n’est pas un appel au jugement de quiconque, comme ce n’est pas appel à se reproduire. Souvent, quand on me parle de filles qui « l’ont cherché » parce qu’elles « étaient habillée de manière provocante », je déclame un exemple au raccourci tout aussi stupide. « Si les hommes sortent sans casque de protection dans la rue, est-ce que ça veut dire que j’ai le droit de leur lancer des pierres sur la tête? ». La réponse est bien évidemment non. Pour moi, il devrait en aller de même quand une femme sort dans la rue. Être nue n’est pas un appel au sexe. Nous vivons dans une société hypersexualisée mais en même temps hypocrite. La femme peut être sexuelle, mais c’est l’homme qui en décide. Une femme qui décide de prendre possession de son corps et de le sexualiser est mal vue, que ce soit une personne lambda ou une célébrité (2). De plus, le harcèlement de rue va plus loin qu’un rapport de séduction. C’est un rapport de domination. Car contrairement aux idées reçues, cela n’arrive pas qu’aux filles considérées comme des canons de beauté dans cette société, ni aux filles en vêtements moulants. Les témoignages sur le blog de Thomas Matthieu (3)le montrent bien. De la jeune fille en couple avec une autre fille qui se promènent dans la rue à la passagère de métro en passant par la jeune fille qui attend son copain dans une rue bondée en pleine journée. Toutes sont sur le pied d’égalité face au comportement déplacé de certains.

Une des premières questions posées en cas d’agression sexuelle à la victime, ou a une personne victime de harcèlement de rue est «que portiez vous? ». Ce que la personne portait importe peu(4). Un homme m’a un jour proposé de monter dans sa voiture en échange de 200€. Il était dix heure du matin. J’étais en salopette. Les jeunes femmes sont constamment entourées d’un sentiment d’insécurité. Personnellement je me sens abusée quand un homme me fait des avances un peu trop poussées. J’ai l’impression qu’il essaie de rentrer dans mon intimité, dans mes pensées, qu’il essaie de s’immiscer dans ma sexualité alors que je ne l’y ai pas convié. Certains hommes ont fait de cette intrusion un gagne pain ou un moyen de notoriété. Que ce soit en France, en Angleterre ou au Japon, des hommes comme Rémi Gaillard(5), Sam Pepper(6), et Julien Blanc (7)

ont tourné une crainte des femmes à la rigolade pour les deux premiers, et le dernier s’est servi de ses pseudos connaissances en matière de femmes en commerce lucratif.

Nous ne sommes pas un gagne pain, et encore moins sans avoir donné notre autorisation. Notre corps n’est pas une invitation à la moquerie. Notre corps n’est pas un objet. La rue est un lieu comme les autres. Un lieu de passage, un lieu de transit, un lieu où nous passons du temps, que ce soit pour rentrer chez nous, nous promener, nous installer en terrasse. La rue n’est pas plus aux hommes qu’à nous. Au fil des années j’ai appris à mettre mes clés entre mes doigts quand je rentre chez moi après minuit. A longuement hésiter à mettre une jupe les jours de grand soleil. Je n’hésite plus désormais, car mon corps et ma sexualité m’appartiennent. Je vous invite à ne plus hésiter non plus.

Ensemble, reprenons la rue!

Ce mardi 25 novembre à 21h00, participez à notre balade nocturne. Rendez-vous place Flagey à côté des vilos.

(1)http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1271143-harcelement-de-rue-un-concept-qui-me-laisse-perplexe-pour-4-raisons.html

(2) http://www.chartsinfrance.net/Miley-Cyrus/news-93136.html

(3) http://projetcrocodiles.tumblr.com/

(4)http://talkingpointsmemo.com/edblog/the-but-what-were-you-wearing-rape-myth

(5)http://www.terrafemina.com/culture/culture-web/articles/40821-remi-gaillard-et-sa-video-free-sex-je-nai-rien-contre-les-femmes.html

(6)http://metro.co.uk/2014/09/21/big-brothers-sam-pepper-sparks-controversy-as-fans-respond-to-bum-pinching-video-4877218/

(7)http://madame.lefigaro.fr/beaute/coach-en-seduction-julien-blanc-invite-ses-fans-a-agresser-les-japonaises-041114-82507