Fatigue et espoir en cette journée contre les violences faites aux femmes

Chèr.e.s tou.te.s,

Encore une année de passée depuis la dernière journée contre les violences faites contre les femmes. Qu’est-ce qui a changé depuis ? Pas grand-chose… Les chiffres ne changent pas sensiblement, l’austérité rend les vies des femmes de plus en plus dures et les droites continuent à augmenter leur pouvoir. Les femmes sont toujours victimes de violences terribles, ici comme ailleurs, dont les violences économiques ne sont pas les moindres et sont en plus la condition sine qua non d’autres violences: une femme dépendante financièrement est potentiellement coincée dans son ménage. Les solutions miracles n’existent pas, et le futur sera difficile, comme le présent. Parfois l’ampleur et la multiplicité des violences que subissent les femmes semblent insurmontables, et nous voulons, je veux, baisser les bras. Encore une année de passée avec de nombreuses horreurs, tellement d’horreurs que parfois le combat que nous menons semble impossible, le patriarcat trop grand et trop puissant.

Mais la lutte continue. La lutte continuera toujours. Nous perdons des batailles tous les jours, mais la guerre est loin d’être finie. Nous résistons, quand nous parlons, quand nous disons non, quand nous luttons ensemble, quand nous forgeons des liens par empathie et par écoute de l’autre.

« They tried to bury us. They didn’t know we were seeds. » Proverbe méxicain

La structure du pouvoir qui permet et appuie les violences qui nous ciblent est énorme, bien-sûr, mais l’herbe qui pousse sous le rocher le décompose petit à petit, et nous sommes cette herbe. Nous sommes des herbes sauvages, des graines, des germes qui rendons friable ce rocher. Tant que nous respirons, tant que nous trouvons des poches de liberté, des moments de bonheur, il y a de l’espoir. Pour emprunter la métaphore de Donna Haraway, nous sommes un compost qui se régénère, dont la santé et la continuité sont garanties par des poches d’air et par des mélanges fertiles d’éléments dont le pouvoir ne s’occupe pas parce qu’il sous-estime leur valeur. Dans l’hétérogénéité du compost se trouve un pouvoir que le Pouvoir homogène ne pourra jamais connaitre.

A l’austérité, nous répondons avec une solidarité et une inventivité que l’Etat ne pourra jamais réglementer. A la destruction des terres fertiles, nous répondons avec des bombes de graines. Aux violences, nous répondons par la survie. Nous vivons dans la boue, et nous serons de plus en plus nombreux.ses à vivre dans la boue, mais c’est là que se passent des choses magnifiques. Les possibilités que se donne l’être humain, la créativité et la persévérance dont elle fait preuve en situation difficile sont la preuve que l’espoir persiste ; il y a toujours de l’espoir, il y en aura toujours.

Nous continuons à nous organiser, à apprendre de nos erreurs, à souffrir et à trouver les moyens de surmonter nos difficultés ; nous continuons à survivre, à forger des relations amoureuses et amicales dans un monde où tout est comodifié. Nous  continuons à refuser d’être les soldates (brigade service spécial sexuel, maternel, productif, domestique) parfaites qu’on nous demande d’être. Le Pouvoir est puissant et ses visages sont nombreux. Il récupère nos idées et se reproduit à un rythme incroyable, mais il est moins flexible que la résistance et il le sera toujours. La résistance foisonne, et c’est dans ce foisonnement de solutions pragmatiques, personnelles, interpersonnelles, inattendues, que vit notre politique.

Continuons à germer. Continuons à pousser en dessous du rocher. Continuons à survivre, à respirer, à lutter.

Eleanor Miller

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