Introduction aux féminismes : Partie II. « Féminisme » : l’usage en est le sens

Ce texte est la deuxième partie de la retranscription d’une présentation du 18 mars 2014 faite par Eleanor Miller pour le Cercle Culturel de Philosophie qui nous a demandé une introduction aux féminismes. Il traite du terme « féminisme », de son utilisation politique, du rôle de l’expérience individuelle, de l’importance du collectif, et du passage du premier vers le deuxième. Première partie ici: https://cerclefeministeulb.wordpress.com/2014/03/23/introduction-aux-feminismes-partie-i-complexifier-les-histoires-des-feminismes/

Feminism is a belief that although women and men are inherently of equal worth, most societies privilege men as a group. As a result, social movements are necessary to achieve political equality between women and men, with the understanding that gender always intersects with other social hierarchies. –Estelle Freedman

Une des principales sources de contention que rencontrent les féministes concerne le terme « féminisme ». Son utilisation n’a rien d’anodin car il a un poids politique considérable.  On entend donc de nombreux arguments contre son utilisation. « Je suis pour l’égalité de tout le monde, donc je suis contre la division des luttes », par exemple, sous-entendu, le terme « féminisme » divise une lutte qui serait homogène et universelle, si seulement nous arrêtions de la diviser avec notre fichu vocabulaire. On entendra aussi que le féminisme exclut les hommes, que le mot fait référence à un concept essentialiste, et qu’il est donc incompatible avec notre prétention à déconstruire définitivement le système de genres. Ce qui est intéressant n’est pas les nombreuses personnes qui vont refuser la légitimité et le mérité d’une lutte pour l’égalité de genre (des misogynes décomplexés, il y en aura toujours) mais plutôt le refus de celles et ceux qui prétendent accepter cette légitimité de nommer cette lutte. Si on voulait établir une définition unique d’un ensemble aussi vaste de luttes, de théories et de mouvements, on le définirait de la manière suivante : les féminismes sont les luttes des femmes pour leurs droits. Qu’est-ce qui est si controversé dans une telle définition, qu’est-ce qui fait réagir autant, et aussi violemment ?

Feminism is hated because women are hated. Anti-feminism is a direct expression of misogyny; it is the political defense of women hating. -Andrea Dworkin

On nous proposera d’utiliser plutôt « égalité des chances », ou « égalité des sexes ». Dans ces dénominations, la spécificité de la lutte des femmes se noie. L’oppression par le genre n’est pas symétrique. Elle a bien un caractère unilatéral. Si l’on choisit, comme je vais le faire, d’analyser le patriarcat en deux composantes distinctes, mais interdépendantes, on peut tout à fait prendre en compte les retombées négatives du système de genre pour les hommes, sans pour autant nier la réalité de cette asymétrie, l’oppression des hommes sur les femmes. Ces deux composantes sont un essentialisme par le genre et une hiérarchisation des genres, constitués par cet essentialisation. Les femmes comme les hommes doivent se comporter, se présenter de certaines manières spécifiques ; notre comportement est normé selon notre sexe de naissance. Cet essentialisme fait par exemple qu’il est difficile pour un homme de pleurer publiquement, de demander de l’aide, de refuser toute violence, sans être stigmatisé et sans voir sa masculinité remise en question. Cet essentialisme est un problème particulier pour les hommes gays, le rapport sexuel avec l’homme étant considéré comme typiquement féminin. Les femmes quant à elles ne peuvent être trop assertives, trop violentes dans leurs rapports, elles doivent se tenir à des normes vestimentaires assez strictes, etc. Par le processus de construction du genre, toute personne sera reléguée à une catégorie ; personne n’y échappe, et quand nous sommes confronté.e.s à quelqu’un.e qui est difficile à catégoriser, nous sommes mal à l’aise. Cet essentialisme, cette définition d’individus différents en fonction du marqueur arbitraire qu’est le sexe, ces contraintes qui en résultent, sont nuisibles pour toutes et tous et nous devons lutter ensemble contre ce système liberticide.

I myself have never been able to find out precisely what a feminist is. I only know that people call me a feminist whenever I express sentiments that differentiate me from a doormat -Rebecca West

En même temps que ce processus de genrification, par lui, avec lui, se construit une hiérarchisation. Une fois les marqueurs de sexe rendus saillants pour la définition des rapports sociaux, ils permettent une hiérarchisation. C’est à ce niveau que les femmes en souffrent de manières inconnues pour les hommes. Cette hiérarchisation est la base à son tour de toutes les facettes de l’oppression des femmes que nous connaissons, allant des violences sexuelles à la sous-représentation des femmes dans les sphères politiques. Le système de classification et le système de hiérarchisation ne sont pas distincts, mais communiquent entre eux de manières complexes. On peut lire cette hiérarchisation par exemple dans le fait qu’il est plus facile pour une femme d’avoir certains traits considérés comme masculins que vice versa. Si l’on regarde Friends, série formatrice pour ma génération, on trouvera de très nombreuses blagues concernant l’homosexualité supposé des personnages masculins, quand ils exhibent des comportements de femmes : pleurer, se prendre dans les bras, boire du lait, prendre un bain, la liste est longue. Cependant, ils ne font pas de blagues équivalentes sur les personnages féminins, qui sont dépeintes comme étant sexy quand elles démontrent de la force physique, quand elles draguent un homme, ou autre. On peut lire dans cet exemple, qui est loin d’être un cas particulier, qu’il n’y a pas pire honte que de se féminiser ; être femme est bel et bien moins valide qu’être homme. On peut voir cela aussi dans le fait qu’il est acceptable pour les femmes de porter des vêtements d’homme, mais un homme en robe sera ridiculisé dans la rue. Se déguiser en femme c’est se déguiser en quelque chose d’absurde, après tout ; c’est être identifié comme une femme, mais une mauvaise femme, poilue, aux épaules larges, etc.

Une des prémisses de notre féminisme est que le système de genre est arbitraire. Certes, il y a des différences physiques entre les personnes, mais pourquoi est-ce qu’on attribue autant d’importance aux différences sexuelles qui fondent ce système ? En quoi le fait d’avoir un pénis ou un vagin serait-il plus indicateur de qui est la personne que la couleur de la peau, ou que la couleur des cheveux ? Que la forme du visage ? Que la pilosité ? Le genre est une construction sociale, qui fonctionne en attribuant des traits aux personnes, en les déterminants, par ces marqueurs sexuels. Vous connaissez toutes et tous la citation fameuse de Simone De Beauvoir « on ne naît pas femme, on le devient. » Nous sommes socialisées pour nous comporter de certaines manières. On me rétorquera sans doute que les différences sexuelles neurologiques, émotionnelles, sont réelles, que les neurologues, les biologistes évolutionnistes, parmi d’autres, l’ont montré et le montrent encore. Ceci n’est pas une vérité absolue mais bien un dogme. Je vous réfère à la neuroscientifique Catherine Vidal qui a montré que ces mêmes scientifiques qui prétendent à un déterminisme biologique sexuel du comportement en analysant de nombreux cerveaux ne peuvent faire l’exercice contraire : il est impossible de distinguer un cerveau de femme et un cerveau d’hommes, avec tous les outils de la science. On a besoin de voir leur sexe ou de les entendre identifier à un genre. D’autre part, vrai ou faux, ces supposées différences sexuées neurologiques ne sont pas pertinentes. Montrez-moi un discours qui les pose sans appuyer la domination masculine, et pourrions-nous peut-être alors en discuter. Je vais avancer maintenant en estimant qu’il est acquis que le genre est une construction arbitraire et n’a rien de déterminant.

Cela peut paraître être un contre argument à l’utilisation du mot féminisme ; si le genre n’est pas pertinent, qu’avons-nous en commun, nous les femmes ? Pourquoi nous réunissons nous autour d’une même lutte, si nous sommes entièrement individus ? Ici, il faut faire une distinction très importante, qui porte souvent à confusion : le genre n’existe pas a priori, c’est ce qu’on veut dire quand on dit qu’il s’agit d’une construction sociale ; mais c’est une construction sociale avec laquelle nous vivons. On ne naît pas femmes, mais d’une part, nous le sommes devenues, et d’autre part, nous sommes considérées comme telles.

Nous les sommes devenues parce que sans notre collaboration, le sexisme tel qu’on le connait ne pourrait subsister longtemps. Le joug idéologique, l’intériorisation des normes patriarcales sont les premiers éléments de notre oppression. Pour citer La Boétie : les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. Une partie très importante de la lutte féministe est donc d’apprendre à se lever, à refuser d’être à genoux. Ceux qui se sentent attaqués par les luttes féministes nous le répètent souvent : les femmes sont responsables du sexisme aussi. Nous ne le nions pas : il s’agit d’un système qui nous imprègne toutes et tous, sans exceptions. Mais cette réalité n’invalide aucunement la lutte.

Nous sommes considérées comme telles : quand nous postulons pour un emploi, quand nous nous présentons aux cours, dans la rue, partout, nous serons réduites à notre genre. Tout ce que nous ferons sera représentatif non pas uniquement de notre personne, mais de notre catégorie sociale. C’est ce que l’activiste antiraciste Tim Wise appelle le fardeau de la représentativité. Par exemple, une femme qui n’est pas bonne en math verra ce trait expliqué par sa féminité, tandis qu’on homme qui n’est pas bon en math verra cela attribué à sa personne.

Si nous reconnaissons facilement que les hommes peuvent souffrir du sexisme, ils ne subissent pas, en tant que groupe, les violences et inégalités que subissent les femmes. Voilà pourquoi « égalité des femmes et des hommes » nomme  une lutte en niant son caractère urgent, en niant la violence et le caractère systémique de ce qui a lieu. Dans un monde utopique, juste assez utopique pour que les violences soient partagées de manière égalitaire parmi toutes les classes sociales, on pourra ainsi nommer notre lutte et la partager pleinement avec les hommes, mais nous sommes très loin de cela. J’ai mentionné un monde utopique comme étant un monde où les violences sont partagées de manière égale : je vais préciser ma pensée parce que cela peut choquer. Il existe sans doute, pour une raison ou une autre, des individus violents. Dans un monde où le féminisme est victorieux, il y aura encore des violences contre les femmes. Mais ces violences seront disparates et accidentelles ; la violence humaine ne sera plus organisée de manière à ce qu’elle aille toujours dans un sens. Elle ne sera plus qu’accidentelle, et donc plus appuyée par notre culture, notre Etat, nos institutions. L’argument est complexe, mais il nous sert à répondre à ceux qui répondent à notre affirmation de l’importance du féminisme par des cas individuels. Oui, il arrive que les hommes soient tapés par leurs femmes. Des hommes violés, des hommes agressés, voilà des choses qui arrivent. Mais une lutte politique ne concerne pas les individus de manière directe. Nous ne pouvons pas nous organiser contre des cas particuliers, du moins pas tant que nous avons autant de boulot à faire sur des cas trop loin d’être particuliers. A travers le temps comme à travers l’espace, on peut donc voir que « le féminisme » comme mouvement unifié n’existe pas. Comment donc se construire un héritage en tant que féministe ? Comme apprendre des expériences du passé ou des expériences de femmes menant des luttes ailleurs dans le monde ? Comment savoir comment situer sa solidarité afin qu’elle constitue un pont adéquat entre des revendications et luttes individuelles et un mouvement, doté d’une certaine puissance politique ? La solidarité est essentielle pour les féministes, c’est la colle qui va faire de mouvements isolés et situés un réseau qui a du pouvoir. Dans cette optique, nous pouvons nous unifier autour de ce terme, « féminisme », mais plutôt que de le faire à la française, dans la tradition moderniste, l’élément de référence sera l’autodétermination de la lutte, selon le modèle anglo-saxon. Ainsi, tout groupe de personnes s’identifiant comme femme qui s’organisent pour lutter contre une oppression, qui parle en son nom, qui définit lui-même les revendications, sera digne de solidarité. Il convient donc de parler de « féminisme », malgré l’apparence essentialisante de ce terme, d’une part parce qu’il existe un ensemble de contraintes partagé par toutes les personnes socialement constituées en femmes, et identifiées comme telles, et d’autre part, parce que le politique est de nature collective, et donc il faut bien trancher quelque part pour éviter une réduction ad infinitum qui nous paralyse.

Nous sommes donc des femmes et nous souhaitons lutter contre les violences, inégalités et stigmatisations qui nous ciblent du fait de notre genre. Nous sommes donc féministes et nous pouvons partager ces traits pour se rassembler pour cette cause. Cependant, il n’existe pas deux individus connaissant exactement la même domination. Certaines femmes seront victimes de violences sexuelles plus d’une fois dans leur vie, d’autres jamais. Certaines femmes peuvent se permettre d’aller à l’université, d’autres ne peuvent pas. Certaines femmes ont des enfants, d’autres refusent d’en avoir. Certaines femmes souhaitent porter le foulard, d’autres ne veulent pas. La classe des femmes est évidemment une classe multiple et aucunement homogène. Pour ces raisons, il est important de parler pour soi-même uniquement. Je ne peux insister assez sur le caractère liberticide de toute autre parole, qui sera alors paternaliste au mieux et au pire détournée contre les intérêts de celles au nom de qui on parle. Hannah Arendt disait que l’on ne peut choisir avec qui on partage la Terre. On ne peut être que sujet de soi-même, les autres sont méconnaissables pour nous. Comment donc prétendre savoir ce dont elles ont besoin pour être heureuses ? Pour être libres ?

Ce principe fondamentale à notre féminisme, au féminisme matérialiste, au féminisme de nombreuses penseuses et militantes de la troisième vague, ce principe qui va totalement à l’encontre de tout ce qu’on nous apprend en tant qu’Occidentales, des paradigmes des lumières, peut, si poussé à l’extrême, mener à une réduction infinie qui invalidera totalement toute lutte collective. Je suis une femme blanche de classe moyenne, je ne sais donc pas ce que c’est d’être une femme noire de classe moyenne, une femme blanche pauvre, une femme âgée riche, etc. Mais je ne sais peut–être même pas ce que ça fait d’être une femme blanche de classe moyenne, mais uniquement ce que c’est d’être moi-même. Et encore ! Il faut se mettre en garde contre l’extrapolation de son expérience personnelle à un universalisme. Il faut donc opérer un choix : je vais parler et sous le dicton de qui se ressemble s’assemble, je vais espérer qu’assez de femmes se reconnaîtront dans mon expérience de manière plus ou moins proche pour créer un collectif capable d’agir. Cet arbitrage permanent entre situation de sa parole et nécessité de collectivité est compliqué, mais c’est la seule manière, nous le pensons au cercle, de ne pas retomber dans des luttes liberticides. Deux autres risques accompagnent cette posture : celui du relativisme qui justifie des violences, et celui du féminisme dit « féminisme blanc », c’est-à-dire l’ancien féminisme qui ne luttait que pour les femmes blanches bourgeoises. Ces risques sont fortement diminués cependant par une solidarité automatique à toute lutte de femmes autodéterminée.

La solidarité féministe apparaît alors comme un moyen de renforcer des luttes qui, suivant ces principes de parole située, seront déforcée par leur particularisme. La solidarité est un réseau, allant du très local au très mondial, qui va accroître le pouvoir de pression de toutes les luttes, alors que les buts spécifiques de ces luttes peuvent être contraires, comme les luttes varient nécessairement de contexte politique en contexte politique. Par exemple, je suis solidaire avec les luttes des femmes au Liban qui souhaitent laïciser l’institution du mariage et qui tiennent des discours anticléricalistes, et avec les luttes de femmes françaises ou belges qui souhaitent porter le voile à l’école et au travail. L’ennemi n’apparait alors plus comme un concept, l’Islam, la laïcité, mais comme un être mouvant, une hydre dont les têtes se régénèrent avec chaque fois des visages différents. Si les femmes choisissent pour elles-mêmes, qu’importe ce qu’elles choisissent ? Un autre exemple est la question de l’IVG. Quand on parle de l’histoire du féminisme, on décrit l’oppression des femmes jusque dans les années soixante comme étant fortement liée aux injonctions à la maternité, on oublie totalement que les femmes noires américaines étaient stérilisées en masse à l’époque. Pour elles, il apparaissait essentiel d’obtenir le droit à avoir des enfants. Le discours de certaines féministes qui associent de manière simpliste la maternité à l’oppression apparait dès lors comme totalement insultant pour ces femmes noires qui connaissent l’oppression contraire, et est un exemple typique de comment l’héritage du féminisme blanc ne nous a malheureusement pas encore quittées.

The process begins with the individual woman’s acceptance that American women, without exception, are socialized to be racist, classist and sexist, in varying degrees, and that labeling ourselves feminists does not change the fact that we must consciously work to rid ourselves of the legacy of negative socialization.
―Bell Hooks

Ce féminisme blanc a amené Kimberley Crenshaw à poser un nouveau principe féministe, en 1989, qui était déjà évoqué par Sojourner Truth lors de son discours au Women’s Convention de 1851 où elle s’écria : « That man over there says that women need to be helped into carriages, and lifted over ditches, and to have the best place everywhere. Nobody ever helps me into carriages, or over mud-puddles, or gives me any best place! And ain’t I a woman? Look at me! Look at my arm! I have ploughed and planted, and gathered into barns, and no man could head me! And ain’t I a woman? I could work as much and eat as much as a man – when I could get it – and bear the lash as well! And ain’t I a woman? I have borne thirteen children, and seen most all sold off to slavery, and when I cried out with my mother’s grief, none but Jesus heard me! And ain’t I a woman? » Ne suis-je pas une femme? Ne sont-elles pas des femmes, les musulmanes, les noires? Les prostituées? Les pauvres que l’on détourne de la maternité ? Les invalides ? Les grosses comme les maigres ? Ne sont-elles pas des femmes ? L’intersectionnalité est un outil pour encourager et montrer comment penser les interactions entre ces différents systèmes d’oppression. L’idée est que non seulement une personne peut être victime de plusieurs systèmes d’oppression, mais que les interactions entre ces systèmes donneront des résultats complexes. On ne peut juste ajouter le statut de racisé au statut de genré, les choses ne sont pas si simples. Un exemple que je trouve particulièrement frappant est celui des hommes noirs aux Etats-Unis. Depuis la mort de Trayvon Martin, nombreux sont ceux qui ont parlé publiquement de ce que ça fait d’être un homme noir. Des femmes noires ont parlé pour dire qu’elles préfèrent avoir des filles que des garçons, qu’elles s’inquièteraient moins pour elles. Sans vouloir du tout hiérarchiser les statuts de femmes noires et d’hommes noirs, c’est un exemple frappant de la complexité de ces questions. Serait-il possible que si les hommes noirs restent en position de dominant dans leurs foyers, et les femmes noires victimes de violences sexuelles, qu’au niveau de l’emploi et des dangers de meurtres, les hommes noirs soient en position inférieure ? On ne peut prédire les effets de ces systèmes, d’où, encore une fois, le besoin de ne pas les penser sans consulter la parole des concernées

Le féminisme est donc un mouvement hétérogène dont le fil conducteur est le souhait de lutter contre des discriminations, contraintes et autres violences qui ciblent les personnes constituées socialement ou s’identifiant comme femmes. « Féminisme » est un terme qui fédère des expériences très différentes en un mouvement assez collectif et grand pour avoir un poids politique. Une attention particulière doit être portée à comment s’opère le passage de l’individu au politique, afin d’éviter que le mouvement ne laisse entendre que les voix de celles qui sont dominantes par d’autres systèmes que celui de genre : les riches, les blanches, les valides, les minces, les hétérosexuelles, etc. Nous concevons ce mouvement comme un réseau, dont les nœuds sont les individus, liés par la solidarité et par l’empathie. L’empathie n’est pas un sentiment mais une volonté politique de se renforcer mutuellement par l’écoute et la prise en compte du vécu de l’autre. Loin d’être une simple étiquette, « féministe » est un mot que nous choisissons de porter, avec tout son poids politique.

Eleanor Miller

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