La rue : une zone d’intimidation pour les femmes

rue_rucheReprenons la rue ensemble ce mardi 25 novembre par une balade nocturne; à partir de 21h. 

de Meredith Borodine de Kirdetzoff

  Ca commence parfois simplement par un bonjour ou un    sourire. Pour certaines, le sourire en coin est déjà de trop. Je fais partie de celles qui sont lassées au bout de cinq «  bonjour » . De quoi je parle? Je ne parle pas de courtoisie du quotidien, mais bien de harcèlement de rue.

C’est un terme qui fait peur à certains, qui a peut-être l’air trop exagéré pour d’autres, hommes et femmes. Voici ce qu’en dit Peggy Sastre  «  Mais pourquoi une telle réaction ? Qu’y-a-t-il de si traumatisant à admettre qu’on puisse être, à un moment donné, un objet de désir « brut » pour autrui ? Je ne sous-entends absolument pas qu’il « faudrait » plutôt être flatté, ou excité, ou je ne sais quoi, je dis surtout que l’opinion d’une tierce personne sur la vôtre, de personne, ne dit absolument rien, n’a absolument rien à dire de ce que vous pouvez être.

Arpenter l’espace public, c’est nécessairement susciter des jugements dans l’esprit des gens que vous pouvez y croiser.  Pourquoi un jugement de nature sexuelle et l’expression de ce jugement, cherchant bien entendu à initier une interaction de nature sexuelle, serait-il plus oppressant que tous les autres types d’interactions, tous les autres types de jugements plus ou moins verbalement exprimés ? À part à faire du sexe un élément exceptionnel, pour ne pas dire sacralisé et sanctuarisé, de notre quotidien ? »(1)

A ceci je réponds, que malgré le fait que les femmes elles aussi, selon leur orientation sexuelle observent les hommes qu’elles croisent. Elles aussi sourient aux personnes qui leur plaisent, elles aussi tentent de les aborder. Cependant, une expression que je trouve tout à fait juste intervient ici. «  When a man says no in this culture, it’s the end of the discussion. When a woman says no, it’s the beginning of a négociation. »  – Gavin De Becker ( «  Quand un homme dit non dans cette culture, c’est la fin de la discussion. Quand une femme dit non, c’est le début de la négociation. » ).

Il n’est pas question de sacraliser le sexe. Le sexe est quelque chose de propre à chacun, quelque chose de privé, que l’individu choisi de partager avec autrui ou non. Sortir dans la rue n’est pas un appel au jugement de quiconque, comme ce n’est pas appel à se reproduire. Souvent, quand on me parle de filles qui « l’ont cherché » parce qu’elles « étaient habillée de manière provocante », je déclame un exemple au raccourci tout aussi stupide. « Si les hommes sortent sans casque de protection dans la rue, est-ce que ça veut dire que j’ai le droit de leur lancer des pierres sur la tête? ». La réponse est bien évidemment non. Pour moi, il devrait en aller de même quand une femme sort dans la rue. Être nue n’est pas un appel au sexe. Nous vivons dans une société hypersexualisée mais en même temps hypocrite. La femme peut être sexuelle, mais c’est l’homme qui en décide. Une femme qui décide de prendre possession de son corps et de le sexualiser est mal vue, que ce soit une personne lambda ou une célébrité (2). De plus, le harcèlement de rue va plus loin qu’un rapport de séduction. C’est un rapport de domination. Car contrairement aux idées reçues, cela n’arrive pas qu’aux filles considérées comme des canons de beauté dans cette société, ni aux filles en vêtements moulants. Les témoignages sur le blog de Thomas Matthieu (3)le montrent bien. De la jeune fille en couple avec une autre fille qui se promènent dans la rue à la passagère de métro en passant par la jeune fille qui attend son copain dans une rue bondée en pleine journée. Toutes sont sur le pied d’égalité face au comportement déplacé de certains.

Une des premières questions posées en cas d’agression sexuelle à la victime, ou a une personne victime de harcèlement de rue est «que portiez vous? ». Ce que la personne portait importe peu(4). Un homme m’a un jour proposé de monter dans sa voiture en échange de 200€. Il était dix heure du matin. J’étais en salopette. Les jeunes femmes sont constamment entourées d’un sentiment d’insécurité. Personnellement je me sens abusée quand un homme me fait des avances un peu trop poussées. J’ai l’impression qu’il essaie de rentrer dans mon intimité, dans mes pensées, qu’il essaie de s’immiscer dans ma sexualité alors que je ne l’y ai pas convié. Certains hommes ont fait de cette intrusion un gagne pain ou un moyen de notoriété. Que ce soit en France, en Angleterre ou au Japon, des hommes comme Rémi Gaillard(5), Sam Pepper(6), et Julien Blanc (7)

ont tourné une crainte des femmes à la rigolade pour les deux premiers, et le dernier s’est servi de ses pseudos connaissances en matière de femmes en commerce lucratif.

Nous ne sommes pas un gagne pain, et encore moins sans avoir donné notre autorisation. Notre corps n’est pas une invitation à la moquerie. Notre corps n’est pas un objet. La rue est un lieu comme les autres. Un lieu de passage, un lieu de transit, un lieu où nous passons du temps, que ce soit pour rentrer chez nous, nous promener, nous installer en terrasse. La rue n’est pas plus aux hommes qu’à nous. Au fil des années j’ai appris à mettre mes clés entre mes doigts quand je rentre chez moi après minuit. A longuement hésiter à mettre une jupe les jours de grand soleil. Je n’hésite plus désormais, car mon corps et ma sexualité m’appartiennent. Je vous invite à ne plus hésiter non plus.

Ensemble, reprenons la rue!

Ce mardi 25 novembre à 21h00, participez à notre balade nocturne. Rendez-vous place Flagey à côté des vilos.

(1)http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1271143-harcelement-de-rue-un-concept-qui-me-laisse-perplexe-pour-4-raisons.html

(2) http://www.chartsinfrance.net/Miley-Cyrus/news-93136.html

(3) http://projetcrocodiles.tumblr.com/

(4)http://talkingpointsmemo.com/edblog/the-but-what-were-you-wearing-rape-myth

(5)http://www.terrafemina.com/culture/culture-web/articles/40821-remi-gaillard-et-sa-video-free-sex-je-nai-rien-contre-les-femmes.html

(6)http://metro.co.uk/2014/09/21/big-brothers-sam-pepper-sparks-controversy-as-fans-respond-to-bum-pinching-video-4877218/

(7)http://madame.lefigaro.fr/beaute/coach-en-seduction-julien-blanc-invite-ses-fans-a-agresser-les-japonaises-041114-82507

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