La Suédoise est un Suédois

Le Cercle Féministe rejoint la Manifestation Nationale ce jeudi 6 novembre pour dire NON aux mesures antisociales !

Nous voilà donc avec un nouveau gouvernement. Si le gouvernement sortant n’était certainement pas à la hauteur des discours de son Premier Ministre socialiste, nous pensons fermement que le gouvernement rentrant ne fera qu’accentuer les problèmes sociaux et économiques de notre pays. Les entreprises peuvent se réjouir de cette coalition, mais, comme le déclarent nombre d’associations, syndicats et partis, les travailleurs vont souffrir ; les travailleurs souffriront, effectivement, et qu’en est-il des travailleuses ? Les travailleuses, comme toutes les femmes, souffriront, proportionnellement, plus que les hommes.

Que les femmes constituent un groupe précarisé en Belgique n’est pas nouveau. Les politiques mises en œuvre dans le passé n’ont donc jamais été suffisantes pour éliminer les inégalités entre les femmes et les hommes (voir encadré).

Si les dirigeants attribueront cela à un manque de ressources, nous pensons qu’ils manquent aussi de volonté. Depuis 2007, cependant, l’Etat a l’obligation légale de prendre en compte la dimension « genre » dans toutes ses décisions. C’est ce qu’on appelle le gendermainstreaming. La bonne application de ce principe est d’autant plus importante dans un contexte d’austérité et de « relance économique par l’offre ». Pour ne prendre qu’un exemple, les politiques d’activation des sans-emploi nient les spécificités de la condition féminine. Comme le dit Hélène Martin «Les présupposés des politiques d’activation posent que les individus sont, individuellement et égalitairement, soumis à un devoir d’autonomie et de responsabilité. Or, l’autonomie, entendue ici sous l’angle économique, est plus aisément accessible à un individu déchargé d’obligations pour autrui et, surtout, du travail domestique. »1

Le nouveau gouvernement réaffirme dans son accord son intention d’appliquer ce principe, stipulant à la page 225 à cet effet que « Le gouvernement œuvrera à intégrer la dimension du genre dans chaque domaine politique en vue d’éliminer les inégalités existantes et d’éviter que la politique gouvernementale ne crée ou ne renforce une inégalité entre les femmes et les hommes (gendermainstreaming). Une attention particulière sera accordée aux différences qui existent entre les femmes et les hommes dans le cadre des réformes socioéconomiques. »2

De belles paroles (qui, ceci dit, ne relèvent pas d’une pure bonne volonté mais qui sont en fait inscrites dans la loi), mais, de fait, l’augmentation de l’âge de la pension ainsi que les mesures maintenues concernant la dégressivité du chômage ne prennent pas en compte cette différence de genre et creuseront les inégalités. Voilà trois jours que le nouveau gouvernement est en place et il prévoit déjà de se contredire. En effet, la quasi-totalité des mesures économiques d’austérité ne suivent pas ce principe essentiel, le paysage socio-économique belge étant ce qu’il est.

L’accord des ressources nécessaires à appliquer réellement le gendermainstreaming et à veiller à cette application pouvaient passer par la mise en place d’un ministère des droits des femmes, ce que les associations de femmes demandaient. Celle-ci était particulièrement importante dans le contexte d’austérité et de « relance économique par l’offre », car toutes les inégalités citées ci-haut ne feront que croitre dans un tel environnement.

Le capitalisme fait donc souffrir les femmes, plus que les hommes. Ceci est un fait. Les femmes sont trop souvent assignées à des rôles dont les retombées sont plus humaines qu’économiques, de première vue, du fait de la division sexuelle du travail encore bien présente. Nous vivons dans un monde qui trace une frontière nette entre ces deux types de contribution et cette opposition pénalise les femmes financièrement. Nous vivons donc une contrainte de rôle et une pénalisation du fait d’occuper ce rôle, dans lequel nous sommes cependant coincées. Le manque d’accès à un capital social et économique suffisant pour changer ce cycle contribue à son tour à éterniser la division sexuelle du travail. Pour le dire à la belge, on n’est pas sorties de l’auberge. Qui dit être femme dit risque plus élevé de précarisation, et derrière les discours prônant l’égalité que tiennent nos nouveaux dirigeants, se cachent des discours et des actes qui nous en éloignent.

Par ailleurs, l’importance réelle qu’accorde ce nouveau gouvernement à l’égalité femme-homme est constatable en un coup d’œil. Où sont les femmes ? Elles sont 4 sur 18. Moins d’un quart de nos dirigeant.e.s sont des femmes. Hors, nous pensons que la parité a une importance qui est plus que symbolique et qu’elle est bien plus qu’une mesure visant à promouvoir l’emploi des femmes en leur attribuant des places de manière directe. La parité s’avère essentielle du fait de la nature même de la représentativité : pour caricaturer un peu, un gouvernement de riches défend les riches ; un gouvernement de blancs défend les blancs ; un gouvernement d’hommes défend les hommes.

Au-delà du clivage gauche-droite qui préoccupe d’autres organisations, nous sommes préoccupées par le futur des femmes, menacées par le nouveau programme et sous-représentées dans le nouveau gouvernement, et nous vous invitons donc, vous, féministes, égalitaires, à manifester avec nous ce jeudi 6 novembre 2014. Rendez-vous à la Gare du Nord à 11h! Nous participerons également au rassemblement « Résistance Jeunes » le mercredi 5, rendez-vous Place Anneessens à 17h.

QUELQUES PISTES POUR COMPRENDRE LE SEXISME SYSTEMIQUE

Sur le marché du travail, les femmes gagnent en moyenne 21% de moins que les hommes, à emploi égal. Elles remplissant une charge de travail domestique qui est le double de celle des hommes, en termes de temps consacré (une moyenne de 4 heures par jour) ; la diminution des budgets des ménages les touchent donc avant les hommes, et elles sont très nombreuses à éduquer seules des enfants. En outre, la discrimination à l’emploi est réelle; nombreuses sont les femmes qui ont dévoué leur vie à leur famille, et qui n’ont ainsi « pas travaillé », ou plutôt pas travaillé de manière rémunérée, et qui se retrouvent avec une pension insuffisante ; la très grande majorité des temps partiels est déjà occupée par les femmes, et dans un contexte de « flexibilité » économique, les temps partiels augmentent. 7sur7 a titré lundi dernier un article « Les Femmes Friandes du Temps Partiel »3, mais ce titre est complètement éloigné de la réalité. Le travail à temps partiel est corrélé à une vulnérabilité financière non seulement du fait du plus petit salaire, mais également parce que ces contrats sont généralement plus précaires et que ces années prestées à temps partiel ont aussi des retombées à long terme (employabilité, pensions). Les exigences en matière de temps de carrière telles qu’elles sont maintenant nient complètement les contributions des femmes à la productivité de notre pays, autant en matière humaine qu’économique, car les hommes devant laver eux-mêmes leurs chaussettes auraient moins de temps eux aussi à consacrer à la productivité de l’entreprise. Ces éléments, en conjonction avec une division sexuelle des contributions aux ménages et avec l’insuffisance scandaleuse de possibilités de garde d’enfants, font d’elles les premières à se retirer du monde du travail quand un enfant nait, nuisant à leur indépendance financière. Elles sont plus nombreuses au chômage et seront majoritaires parmi les exclu.e.s en 2015. Quand elles travaillent, elles occupent les postes les moins prestigieux. A la pension, elles sont déjà plus de 50% à toucher moins de 1000 euros par mois ; ce qui est le résultat prévisible de leur exclusion partielle ou complète du travail valorisé et valorisant4. De plus, la conjonction de ces éléments diminue leurs possibilités d’émancipation personnelle et de choix libre de mode de vie, ayant ainsi des conséquences néfastes se faisant sentir jusque dans des phénomènes apparaissant de l’ordre l’interpersonnel, telle que la violence conjugale.

Eleanor Miller

4 Pour plus d’informations, voir le site de Vie Féminine : http://www.viefeminine.be

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