L’IVG, c’est du vécu : Recueil de témoignages

Parce que l’IVG est un droit attaqué et une revendication, mais aussi et surtout, parce que l’IVG est avant tout un vécu, le CFULB souhaite donner la parole aux femmes afin qu’elles nous parlent de ce vécu, pour que l’IVG en tant qu’expérience racontée ne soit pas un tabou, pour qu’on s’aperçoive dans les faits et concrètement qu’est-ce que l’IVG pour les femmes qui l’ont vécue; pour qu’on s’aperçoive que c’est quelque chose qui se vit, par les femmes.

Nous remercions chaleureusement, pour leur partage et leur parole, les personnes qui nous ont raconté leur histoire. 

Nous renouvelons notre appel : si vous désirez témoigner anonymement de votre expérience (que celle-ci fut bonne, mauvaise ou mitigée) d’IVG en Planning ou en milieu hospitalier, ou de votre contact avec un Planning familial (grossesse, IVG, contraception, …) nous vous invitons à nous envoyer un mail à cerclefeministeulb@yahoo.com, nous publierons votre récit dans ce recueil.

Recueil de témoignages :

 

Alors je raconte mon avortement :
J’avais 16 ans ( en 1966) l’avortement était » puni » de prison
Je  » Fréquentais » un jeune homme dont j’étais extrêmement amoureuse
Ma mère, sachant comment ça allait évoluer m’emmène chez un médecin
Il me prescrit » la » pilule: le Planor, y’en avait qu’une
Mais ne sachant pas quand  » ça allait se passer » je ne la prends pas
Premier rapport sexuel: je suis enceinte tout de suite
 » Marions les  » dit la mère du dit jeune homme
Pour ma mère, pas question: j’allais gâcher ma vie.
Ma mère emprunte de l’argent à son boulot et par l’intermédiaire d’une amie
Qui connaissait un gynéco allemand
Me voilà partie en Allemagne, cachant les sous dans une boite de chocolat….!!!!!
Le gynéco m’avorte. MAIS j’étais enceinte de jumeaux
Et bien qu’endormie, je bougeais trop
Alors il m’en laisse un ( de fœtus)
Rentrée en France et ne sachant pas que j’avais encore  » un bébé dans le ventre » Comme je disais à l’époque
Je me mets à avoir des douleurs insupportables
Je disais à ma grand mère en pleurant » Mamie, je perds des bouts de bébé… »
Parce que quand je faisais pipi je perdais des morceaux de je ne sais quoi? De bébé peut être?!
Ma mère rentre d’un stage qu’elle faisait pour son travail
J’avais plus de 40 degrés de fièvre
C’était en aoùt et de toutes façons AUCUNE clinique de Paris ne voulait me recevoir
Ma mère, sachant que j’allais mourir si rien ne se passait
Fini par dégoter LA clinique qui a terminé cet avortement
Le lendemain de l' » intervention » je demande un calmant à l’infirmière
Tellement j’avais mal » Vous l’avez voulu et bien souffrez maintenant »
Me répond elle
Je dis ça à ma mère qui s’empresse d’aller m’acheter des calmants
Et je ne sais pas ce qu’elle a dit à cette si  » compréhensive » infirmière
Mais je ne l’ai jamais revue!
Avortement  » de confort » disait l’autre à Madame Simone Veil
Tout en lui demandant en coulisses si elle n’aurait pas une adresse
Pour que sa propre femme avorte dans le  » confort ».
Oui mesdemoiselles et mesdames d’aujourd’hui
N’oubliez pas que vos mères, vos grand mères ont parfois laissé leur vie
A cause du  » confort » moral de ces messieurs ( et de certaines femmes d’ailleurs)! »

                                                                                                      ***

Il a de grands yeux bleus.

Et contre toute attente, c’est un petit roux.
Pourtant, quand le test s’est révélé positif, ma première réaction a été d’appeler le planning familial. Mon compagnon n’avait pas de boulot, on vivait à 2 dans un 45m² sans salle de bain, toilettes sur le palier: idéal pour élever un enfant. Ah… et précisons que nous n’étions ensemble que depuis quelque mois. La totale.
Premier rendez-vous au Planning « Aimer à l’ULB »; ma meilleure amie m’accompagne, mon homme a un entretien d’embauche ce jour-là.
Discussion obligatoire avec la psychologue, pour déterminer si je prends ma décision en âme et conscience (juridiquement parlant, je devrai parler de « consentement valide »). C’est une jeune, très sympa. On arrive même à rigoler.
Je lui parle de ce bébé, qui se pointe avec un peu trop d’avance sur le planning, de mon père qui va me tuer et refuse de recevoir mon compagnon, du fait que je viens juste d’avoir mon CDI: d’où la conception d’ailleurs.
J’étais pourtant sous contraception; mais les préservatifs, ce n’est pas efficace à 100%, et la pilule, ça s’oublie.
On discute.
Ensuite, je vois la gynéco, échographie. Ma meilleure amie me tient la main, je demande à voir. Tout le monde est vraiment gentil avec moi, compréhensif.
Rendez-vous de confirmation obligatoire pour la semaine suivante.
Encore une fois, mon compagnon est absent: il a un second entretien d’embauche.
Je revois la même psychologue qui finit par me dire qu’elle n’a pas l’impression que je veux vraiment d’une IVG; que j’ai plus l’air de le demander parce que « c’est la solution raisonnable ».
Effectivement, ça fait une heure que je lui parle des prénoms que j’aurai donné à ce bébé, des métiers que plus tard il pourrait exercer.
Grâce à elle, je prends conscience que je crève d’envie de le garder, mais que « parce que ce n’est pas sage » « parce que ce n’est pas raisonnable », je ne m’étais pas autorisée à y penser. En rentrant chez moi ce soir-là, j’ai dit à mon compagnon que j’aimerai qu’on garde cet enfant. Il m’a dit que lui aussi… et qu’il avait un boulot maintenant.
Notre bébé est devenu notre petit bonheur sur pattes et on envisage de lui faire un petit frère ou une petite soeur dans quelques temps.
J’ai revu la psychologue de Aimer, qui m’a suivi durant ma grossesse. Grâce à elle, j’ai fait beaucoup de chemin.
Merci à toute l’équipe de Aimer.
L.
***

À 20 ans je suis tombée enceinte et je me suis fait avortée dans un planning de Bruxelles.
On laisse 15 jours obligatoires de délai de réflexion, et on m’a donné deux médoc que je devrai prendre quelques heures avant l’intervention : un anti-inflammatoire et un médoc qui dilate le col.
Jour de l’intervention. J’ai pas dormi de la nuit. J’ai pris les médoc. Je vais au planning en confiance bien que je n’ai aucune idée de ce qui m’attends.


On va dans un cabinet, une pièce de la maison du planning, je dois me coucher sur le machin là, la sorte de chaise allongée qu’on voit chez les gynéco. La gynéco tire une gueule jusque par terre. Mais genre… vraiment. Genre ça la fait ultra chier ce qui est en train de se passer. Elle me regarde presque pas, quand elle me regarde c’est froidement, elle dit presque rien… Il y a une psychologue qui est là aussi. Elle est gentille. Heureusement qu’elle est là, elle me parle et me regarde avec bienveillance.
Boum, échographie. Je tourne la tête vers la gynéco et l’écran ; elle dit rien, je vois l’image, elle tourne l’écran.
Hop, c’est parti. C’est l’EN-FER. La pire douleur physique que j’ai eu à subir de ma vie. Je crève de mal. J’ai tellement mal que je n’arrive plus à respirer, je pleure, j’hyperventile, la psy me tiens la main et est gentille, elle m’aide à respirer (inspirez, expireeeez, …). J’ai l’impression qu’on attrape mes entrailles et qu’on veut les faire sortir de force, qu’on est en train de réduire en bouillie mon utérus. Tirage de gueule de la gynéco. Ça dure. Je veux que ça se finisse, je vais tomber dans les pommes sinon ou mourir étouffée. Je souffre. C’est indescriptible à quel point je souffre.
C’est fini. Hop, la gyné met le stérilet, hop on colle la photo de l’éco retournée, image face cachée sur mon dossier, merci au revoir.
Je ne sais pas marcher.
La psy me supporte pour m’emmener dans une pièce avec un fauteuil sur lequel on peut s’allonger. Je reste là deux heures (sans déc’, deux heures) à essayer de reprendre ma respiration, à geindre de douleur, à me tordre, à pleurer, à espérer que ça passe bientôt, à espérer que je vais bientôt avoir la force de me casser d’ici. La psy reste un peu pour me soutenir puis elle s’en va. Elle est vraiment gentille. Dès que j’arrive à respirer plus ou moins normalement à nouveau, je prends l’opportunité pour foutre le camp. Je descends avec peine dans le lobby pour dire que je pars, la psy me dit que je peux venir lui parler si j’ai des problèmes.
Je rentre chez moi à pied, en m’appuyant aux murs des maisons, en me tenant le bas ventre, en pleurant, en ayant peine à respirer, à marcher.
Aucune informations sur les suites, sur ce que je dois faire ou pas faire, sur combien de temps la douleur va durer…
Je suis retournée en pleurs quelque temps après chez la psy, pour lui dire que je rêvais qu’une meuf enceinte était à l’unif dans ma classe et que je l’attrapais par le col du tee-shirt et lui criait « Comment, mais comment tu fais pour garder ton petit bébé pendant que tu fais des études ?! Dis-moi ! Moi aussi je veux un bébé, moi aussi je veux mon bébé ! ». Compassion de la psy.

Ça fait 7 ans que je me suis faite avortée, et je commence seulement maintenant à ne plus avoir une crise d’angoisse quand j’ai mes règles et que je sens une douleur dans le bas ventre, quand je vais chez la gynéco, ou quand j’ai un peu mal pendant une position douloureuse lors d’un coït. Ça fait 7 ans et je commence seulement maintenant à me dire que peut-être je ne suis pas complètement bousillée de l’intérieur, que mon utérus n’est peut-être pas une confiture en bouillie mutilée. Comprenez que la douleur que j’ai ressentie ce jour-là ne pouvait pas s’expliquer autrement dans mon cerveau traumat’ que par l’anéantissent total de l’endroit dans lequel je l’ai ressentie.
Ça fait 7 ans, et je commence seulement maintenant à me demander si on ne pas torturée, et à en parler un peu autour de moi et à voir que d’autres femmes ont vécu exactement la même chose et se promènent avec exactement le même traumatisme et les mêmes angoisses.
On devrait interdire les avortements à vif. Car c’est ce qu’il s’est passé. On m’a avortée à vif, et c’est normal apparemment.
Je n’ai parlé de l’IVG à presque personne dans ma vie. C’est peut-être seulement moi, ou quelques unes, mais j’ai honte. Et je ne partage presque pas ce vécu, l’IVG reste quelque chose de tabou, de secret, de honteux pour moi en même temps que quelque chose de très douloureux que j’ai mal vécu et qui m’a marquée profondément. De fait, peu de gens savent à quel point j’ai souffert, et peut-être que d’autres femmes se taisent comme moi, et peut-être que peu de gens savent comment ça se passe une IVG dans un planning (dans quelques planning?) ?
Je ne regrette absolument pas d’avoir avorté, je ne l’ai jamais regretté. Mais j’ai souffert. Et j’ai été complètement traumatisée par la façon dont ça s’est déroulé et par la douleur physique.

Mon conseil de traumat’ si vous devez avorter : si vous le pouvez, allez vous faire avorter dans un hôpital, sous anesthésie et préparez-vous à être éventuellement mal accueillie ; si possible, soyez accompagnées d’un soutient sans faille.
Mon envie : témoignez s’il vous plaît ; parlez de l’IVG qui semble demeurer taboue, qui semble mal se dérouler dans le secret des mûrs de planning et dans le secret du corps et de l’esprit des femmes qui l’ont vécue. Dites s’il vous plaît si votre expérience est positive, négative, entre deux, … dans un spectre de toute façon peu connu et peu partagé.


                                                                                       ***

Je suis tombée enceinte il y a maintenant presque 3 ans.

J’ai été confrontés à des avis très tranchés dans mon entourage quand au fait de poursuivre ou non cette grossesse. Tout d’un coup c’est comme si l’avenir de cette histoire devenait débat publique, polémique, comme si tout le monde avait son mot à dire sauf moi. Ensuite ma mère m’a donné son point de vue très respectueusement et a conclu par « Quoi que tu fasses, tu resteras toujours ma fille ». Ça m’a soulagé.

 A ce moment j’ai pris conscience que moi-même, quelques années plus tôt, j’avais eu une réaction inadéquate et blessante envers deux de mes amies quand elles m’ont annoncé qu’elles étaient enceintes.

J’ai décidé d’interrompre ma grossesse et je suis allée au planning familial de saint gilles avec mon compagnon.

 Nous avons été très bien accueillis. La psychologue n’a pas cherché à nous persuader de quoi que ce soit, elle nous a juste bien informé des 2 méthodes d’IVG. Il était trop tard pour la solution médicamenteuse, ça se passerait donc par aspiration. Quand j’ai pris rdv au planning j’avais déjà bien réfléchi et j’étais sûre que je ne voulais pas poursuivre cette grossesse. Après ce premier rdv j’ai du attendre une semaine avant l’intervention et c’était très étrange comme situation. J’avais l’impression de vivre des adieux qui tirent en longueur avec cet être qui s’était niché là, dans mon ventre.

 Le jour de l’intervention, j’ai pris les médicaments, on m’a anesthésié  localement le col de l’utérus.

Le gynéco entre mes jambes, mon compagnon à ma gauche, la psy à ma droite. Je me sentais soutenue.

La psy m’a parlé pendant toute la séance, je sentais et j’entendais qu’on chipotais dans mon ventre mais je ne voyais rien d’autre que leurs visages et les dessins sur le plafond. J’étais comme une tortue sur son dos.

 J’ai eu mal, je suis tombée dans les pommes, puis c’était fini. Je me suis reposée sur place ensuite on est rentré à la maison et j’ai fait une sieste.

 A ce moment, je considérais, en comparaison avec les récits de ma mère et ma grand mère, que tout c’était passé pour le mieux et que c’était vraiment une chance que l’IVG soit un droit en Belgique et qu’il soit pratiqué dans des conditions médicales.

Avant et après, j’ai consulté les témoignage du site des 343 salopes « j’ai avorté, je vais bien, merci » et ça m’a beaucoup aidé.

 Avec le recul, et notamment en voyant le film « Regarde, elle a les yeux ouverts » (que j’ai vécu comme une véritable catharsis), je constate que cette expérience a quand même été traumatisante. J’ai la sensation que c’est un choix que j’avais fait mais un acte que j’avais subi, pendant lequel j’étais passive. Je suis entrée au planning, on m’a chipoté, puis on m’a dit « c’est terminé, tout c’est bien passé » et je n’étais plus enceinte, comme par magie.

J’ai l’impression que pour m’éviter le maximum de traumatismes on a voulu m’extraire le plus possible de ce qui se passait, attirer mon attention sur autre chose, alors que ça se passait dans mon corps et dans ma vie. 

Quand on tombe enceinte, il faut choisir : mener la grossesse à bien ou l’interrompre, et dans les 2 cas, surtout si c’est la première fois, on cherche du soutient auprès de celles qui sont passées par là ou de ceux/celles qui sont qualifié pour ça.  Je pense que c’est génial que les femmes puissent compter sur le corps médical pour gérer leurs grossesses. Mais elles le vivent toutes très différemment et je pense qu’il faut en tenir compte. 

 Certaines femmes sont dépassées, ne se sentent pas capables et souhaitent véritablement déléguer leur avortement ou leur accouchement à des professionel(le)s, et c’est leur droit, mais pour d’autres, le fait de se sentir dépossédées de ce moment clé de leur grossesse, a pour conséquence de le fixer dans leur mémoire comme un acte violent qu’elles ont subi plutôt que comme une épreuve à laquelle elles ont fait face avec brio.

Je pense qu’informer, soutenir, et donner confiance sans s’approprier ni le choix ni l’acte c’est le défi pour ceux et celles qui veulent accompagner les femmes dans la  gestion de leur grossesse. 

                                                                                                                      ***

Bonjour,

J’ai lu votre appel à témoignages et surtout celui qui est déjà présenté sur votre page. Je m’y retrouve totalement et cela me fait du bien de voir que je ne suis pas la seule à avoir vécu cela et en avoir souffert aussi longtemps.

En ce qui me concerne j’avais 21 ans, en cours d’études universitaires. Je viens d’une famille catholique où l’éducation sexuelle a été inexistante, et le sujet quasi tabou. Lors d’un cours de philosophie, un professeur nous avait parlé d’une méthode de contraception naturelle consistant à éviter les rapports certains jours du cycle. Quand je suis tombée enceinte, ça a été un choc. Je ne voyais aucune autre issue que l’avortement tout en étant extrêmement honteuse. J’avais tellement peur du jugement des autres que je n’en ai parlé à personne, sauf au petit ami de l’époque. J’ai vécu ce parcours en me sentant très seule. 

Je me suis rendue dans un planning familial de Liège. Là, il y a eu un nouveau test pour vérifier que j’étais enceinte et un rendez-vous obligatoire auprès de la psychologue afin d’être bien certaine que c’était une décision réfléchie. Je pense avoir pleuré pendant tout l’entretien avec la psychologue. A mes yeux, c’était la seule solution pour évacuer cette erreur de parcours. Elle m’a expliqué que la méthode dont on m’avait parlé était responsable de nombreuses grossesses non désirées, parce que le cycle des femmes n’est pas aussi régulier que ce qu’on présente, surtout dans notre société actuelle. Je me sentais tellement nulle d’avoir cru, de ne pas m’être plus renseignée, …

Entre le premier rendez-vous et celui où s’est déroulé l’avortement en tant que tel, j’ai cru qu’il se passait une éternité. J’avais tous les symptômes de la femme enceinte accentué par l’angoisse que les personnes autour de moi ne s’en rendent compte. Je ne me souviens pas que l’on m’ait présenté la façon dont cela allait se passer. Ni s’il y avait d’autres alternatives possibles. Je me souviens avoir pris des cachets puis avoir attendu dans la salle d’attente, seule . Je suis rentrée dans la salle d’examen. Je me suis installée sur la table. Je me souviens avoir ressenti une douleur très forte, comme si on m’aspirait l’utérus. Je suis ressortie, ko, en espérant que la douleur cesse rapidement pour que je puisse reprendre ma vie comme s’il ne s’était rien passé.

Ca n’a pas été le cas. Par la suite, j’ai développé toutes sortes de problèmes: infections, douleurs lors des rapports, perte d’envie. J’ai également fait une grave dépression. Même mon petit copain de l’époque ne comprenait pas, pour lui c’était un évènement ancien et passé. J’ai traîné pendant près de 10 ans une culpabilité et une honte de cet épisode de ma vie. Mes amies proches en ont eu connaissance 5 ans plus tard, quand j’ai enfin osé leur confier ce poids qui me poursuivait. Ma vie affective a été fortement influencée et j’ai connu de longues périodes où les rapports sexuels étaient totalement absents. La moindre douleur lors d’un rapport me ramenait à cette expérience et générait un blocage de longue durée, j’étais en état de stress à toutes les fins de cycle si un rapport avait eu lieu pendant le cycle, protégé ou non d’ailleurs. La pillule ne me donnait aucun sentiment de sécurité, ni le préservatif. J’ai perdu tout plaisir sexuel et progressivement tout plaisir quel qu’il soit. J’étais persuadée que comme j’avais décidé d’avorter, je n’aurais jamais d’enfant et je ne pourrais jamais avoir une relation affective normale, une sorte de punition interne extrême que je me suis infligée. Après 10 ans, j’ai pu petit à petit sortir de cet état, reprendre goût à la vie et au plaisir. 

Aujourd’hui, soit 17 ans après, je n’ai pas encore d’enfant. Le désir est là, la décision est prise depuis 6 mois avec mon compagnon, et je sens pourtant toujours un blocage. Je viens de vous exposer cet évènement de ma vie. J’étais persuadée que depuis quelques années j’étais parvenue à être en paix par rapport à cela. Et je suis en larmes devant l’histoire que je viens de vous raconter, la mienne.

J’ai envie de dire à toutes ces personnes qui critiquent l’avortement, que non, ce n’est pas un choix que l’on prend par plaisir, et que ce n’est certainement pas une méthode de contraception de confort. Et j’ai envie de dire à ceux qui pensent que je n’ai eu que ce que je méritais, que oui, je suis responsable de ce qui m’est arrivé, tout autant que les personnes qui m’entouraient avec leurs messages contradictoires ou erronés. Je ne souhaite à personne la souffrance que j’ai vécue, sous quelque forme que ce soit, que vous soyez pour ou contre l’avortement.

Merci à vous pour ce travail,

Véronique

                                                                                                                        ***

Bonjour, 

J’écris pour témoigner au sujet d’un IVG que j’ai subi il y a quelques mois au planning familial Aimer à l’ulb. 

Globalement, cela s’est bien passé. Précisons d’abord que j’étais loin d’être seule dans cette épreuve, car mon copain m’a accompagnée du début à la fin.

La première difficulté a été d’obtenir une attestation d’assurabilité, pour moi qui n’ai pas l’habitude de l’administratif, sans passer par ma mère pour joindre la mutuelle. J’ai fini par lui parler du fait que j’étais enceinte, ce à quoi elle m’a répondu : « Bah, c’est comme un gros rhume, faut pas en faire un plat. » Ma mère est parfois géniale. Elle m’a aussi beaucoup soutenue par la suite. Attestation ensuite facilement obtenue.

La gynéco m’a annoncé lors du rendez-vous suivant qu’il était trop tard pour une intervention médicamenteuse et qu’il fallait faire par aspiration. Rien que le mot m’a un peu fait peur. (Niveau organisation les psy et gynéco avaient pas vraiment communiqué et la gynéco ne savait pas que j’étais enceinte et pensait que c’était une consultation de routine, mais soit, elle a directement fait une échographie et tout le tralala donc pas de problème)

Ensuite, jusqu’à l’opération, j’ai un peu pas mal flippé, mais heureusement je n’étais pas seule et l’équipe m’avait bien soutenue et m’avait assuré que je pouvais venir les voir quand je voulais pour quoi que ce soit.

Le jour de l’opération, on me fait prendre un délicieux suppositoire(depuis le temps que ça ne m’était pas arrivé), en plus des médicaments que j’avais pris avant. Puis, on va dans la salle et je m’allonge sur la table. Ô joie, ils ont mis des jolies photos de paysages et de fleur au plafond. C’est trop mignon et ça me fait rire. La gynéco est plutôt sérieuse et un peu sèche mais la psy est très gentille. Puis, ils m’enfoncent gentiment les aiguilles dans le col de l’utérus pour l’anesthésie. Ca fait ignoblement mal mais au final, je finis par ne quasi rien sentir. Sauf quand ils commencent à pomper l’intérieur de mon utérus. Et ça aussi , ça fait ignoblement mal. Et quand y en a plus, y en a encore, on dirait que ça ne se terminera jamais. 

Finalement, je suis enfin libérée et on m’allonge dans une salle sur le côté où mon copain me rejoint alors que je suis à moitié dans les vap’. La psy est revenue me voir pour vérifier si tout allait bien, et tout s’est bien passé. Je suis ensuite sortie et je n’ai pas eu de complications, la gynéco m’a donnée un autre rendez-vous (même si je n’ai pas vu la même) et puis c’était du passé…Après deux mois de règles, mais soit.

Dans l’ensemble, j’ai été bien suivie et aidée, par mes proches comme par le planning, et le seul gros mauvais souvenir était la sensation de se faire aspirer l’utérus. Je ne conseille ça à personne, c’est pas drôle.

Aimer à l’ulb a été, pour ma propre expérience, d’une grande aide. De plus, comme il était situé sur le campus et que je m’y étais déjà rendue pour d’autre raisons, je connaissais l’endroit et l’équipe, au moins de vue, ce qui a contribué à me mettre en confiance. A mon humble avis, c’est une chance d’avoir ce genre de services à l’ulb. 

J’espère que mon témoignage pourra vous être utile 🙂
Bien à vous

                                                                                                                           ***

Bonsoir,
Je vous envoie mon témoignage.
J’ai subi un IVG en 1988 lors de mes études en Haute école; j’avais commis l’imprudence d’avoir une relation sans contraception avec un garçon que j’aimais et avec qui je suis restée par la suite. Mais à cette période, je ne voulais pas briser ma vie professionnelle. j’avais 22 ans je crois. je suis allée au Planning  Collectif Contraception de Charleroi. D’ailleurs, je l’ai dit à mon ami une fois l’avortement fait, c’était mon corps, ma vie, ma décision!
La psy m’a obligée à venir avec une amie pourtant je voulais assumer cet avortement seule. Elle a bien fait car c’est quand même douloureux! J’ai fait un malaise vagal et j’ai du rester une bonne heure au planning avant de repartir à mon Kot accompagnée de mon amie. Je crois que mon amie en a été plus traumatisée que moi. Moi, je n’ai jamais regretté ma décision. Aujourd’hui, je suis psy dans un planning et j’oriente parfois des jeunes filles là-bas. J’ai confiance en ce planning. J’y ai été respectée, tout m’a été expliqué et tout s’est bien passé pour moi.

J’aimerais ajouté que j’ai connu un avortement en Hollande où j’ai accompagné une amie enceinte  et cela a été un chemin difficile, elle a du être anesthésiée, son réveil a été douloureux psychiquement et toute la route à faire jusque là… c’était glauque! 

Je suis pour l’avortement , nous avons le droit de décider de notre vie! Mais nous devons aussi être, devenir responsable en tenant compte de nos erreurs pour ne pas les répéter. 

Bien à vous.


***

Bonjour,

voici un témoignage de mon, enfin, mes expériences d’IVG et de planning familial. 

J’avais 19 ans, je travaillais tôt le matin à l’époque et c’est sur mon lieu de travail que j’ai eu mes premières nausées et mes premiers vomissements. Je ressentais une tension dans les seins depuis une semaine environs et, malgré que je fus sous pilule et que, du coup, j’étais régulièrement réglée, j’ai très vite compris. 
J’ai pris rendez-vous dans un planning familial de Namur. Au téléphone, mon interlocutrice m’a demandée si j’avais fait un test de grossesse, ce à quoi je lui ai répondu que non, mais que j’avais tels et tels symptômes et que je préférais venir directement les voir. Elle m’a demandé à combien de temps d’aménorrhée j’étais, et je lui ai dit que j’étais sous pilule. Elle a compris, comme moi, que j’avais du oublier ma pilule au mauvais moment et qu’en continuant de la prendre par la suite, ça n’avait bien entendu pas suffi: j’étais tombée enceinte et la pilule continuait de provoquer mes règles comme si de rien n’était. J’ai eu un rendez-vous d’urgence, puisqu’on n’était pas certaines du nombre de semaines depuis la fécondation et que, dans le cas où j’étais réellement enceinte et que je voulais avorter, il fallait encore attendre la semaine de réflexion réglementaire. 
Sur place, un accueil très gentil, discret et souriant; les gens étaient rassurants, tout en prenant la situation et mon « inconfort » au sérieux, sans trop non plus le dramatiser. J’ai d’abord rencontré une psychologue qui m’a demandé comment je me sentais par rapport à mon éventuelle grossesse, ce que j’en pensais, si j’étais contente, déçue, agréablement surprise ou fâchée. Elle m’a vraiment laissée l’impression que j’avais le droit, malgré mon âge et/ou ma situation financière ou professionnelle, d’avoir envie d’un bébé ou d’au contraire de pouvoir reconnaître que j’avais sur les bras un souci de taille. Elle m’a expliquée comment allait se passer l’entretien avec la gynécologue (d’ailleurs, au téléphone, on m’avait demandée si je préférais que ce soit un homme ou une femme) et quelles étaient les différentes options qui s’offraient à moi, ainsi que le temps de réflexion obligatoire. La gynécologue m’a alors reçue et a été, je dirais, tout simplement professionnelle. Elle n’est pas tombée dans la compassion ni dans le reproche, elle m’a expliqué les faits (vous êtes environs à X semaines, l’embryon fait telle taille, voici vos options) et m’a demandé si j’avais des questions. Je n’en avais pas sur le moment mais elle m’a assurée que je pouvais de toutes façons appeler le planning familial ou y passer pour poser toutes les questions que je voulais; que si elle-même n’était pas là, il y avait toujours bien un(e) confrère/consoeur gynéco qui pourrait m’aider et qu’il y avait aussi des psys, qu’il ne fallait pas que je me sente seule et que je n’hésite pas à demander de l’aide. Afin d’éviter de rencontrer un agenda surchargé et de devoir repousser la date de l’IVG, elle m’a proposée de d’ores et déjà fixer une date 15 jours plus tard environs, et elle a bien insisté sur le fait que ça ne signifiait pas que j’étais obligée d’avorter, que c’était juste une porte ouverte et que ma décision devait être mûrement réfléchie et consentie par moi et moi seule, que personne ne devait me forcer à prendre l’une ou l’autre décision, que ce soit de garder le foetus comme de m’en séparer. Une semaine plus tard, je les ai appelés pour confirmer mon désir d’IVG. Encore une semaine plus tard, j’ai été accueillie par la psy qui a pris de mes nouvelles, m’a demandé comment je me sentais, si j’avais des craintes particulières. Elle m’avait proposée de prendre un léger antidouleur avant l’intervention, histoire que la douleur soit plus supportable. Pendant tout le temps du curetage, la gynécologue a été très compréhensive et très douce; je lui avais demandé de m’expliquer tout ce qu’elle faisait au fur et à mesure, afin que je me rende compte de l’avancée et que ça me distraie un peu de l’inconfort, et elle l’a fait. Quand la douleur était vraiment difficilement supportable, la psy m’a demandé si quelque chose pouvait m’apaiser: un peu d’eau? de la musique? Elle avait les mains froides et m’a proposée de les poser sur mon ventre pour calmer les contractions que je ressentais, j’ai accepté et ce contact humain et physique était un vrai soutien, ça m’a beaucoup apaisée, physiquement et moralement. Quand l’intervention a été terminée, toutes deux m’ont dit que j’avais été très forte, que ce n’était pas quelque chose de facile mais que le plus gros de la douleur était passée, que je pouvais rester encore quelques heures dans une chambre de repos et les appeler si j’en ressentais le besoin. Je suis partie au bout de la première heure (minimum obligatoire) parce que, malgré la douleur et la fatigue, j’étais tellement rassurée et reconnaissante que j’étais presque gênée de rester plus longtemps 🙂

5 mois plus tard, mêmes symptômes (à croire que je le faisais exprès). Un test me confirme mes doutes, je prends rendez-vous et tombe sur un gynécologue un peu froid mais ça va. Il m’annonce un peu abruptement (mais je suppose que c’est surtout la nouvelle qui est dure à encaisser, plus que son ton) que je suis enceinte d’un peu trop longtemps pour avorter en Belgique… mais que c’est encore possible dans d’autres pays, si vraiment je veux. Le planning familial m’a alors aidée à prendre rendez-vous (ils ont appelé eux-mêmes) dans une clinique de Maastricht; ils m’ont donné une check-list de tout ce dont j’aurais besoin là-bas (justificatifs médicaux, papiers de la mutuelle, coût de l’intervention) et m’ont fourni une ordonnance pour les médicaments dont j’aurais besoin ce jour-là. La veille de mon intervention, j’ai eu un petit coup de fil pour me demander comment ça allait, si j’avais encore des doutes ou des questions et s’ils pouvaient faire quelque chose pour moi. L’intervention là-bas s’est bien passée, grâce aux conseils et informations du personnel namurois notamment. 

Cela fait maintenant quelques années que je n’ai plus eu de grossesse inattendue et que je n’ai plus eu à me poser de questions, pour le coup, vraiment existentielles à ce sujet, mais je me rassure en me disant que si ça devait à nouveau arriver, je serai bien soutenue 🙂

Voilà pour ce qui est de mon témoignage, 

bien à vous, 

Florence

                                                                                                                              ***

Bonjour!

Cela se passe en 2002, à Bruxelles.

J’accompagne une amie dans un planning pour une IVG. Je lui tiendrai la main avant, pendant, après. Je tâcherai à tout instant de penser pour deux car, m’a-t-elle dit au départ, penser ne lui est tout simplement plus possible en cette circonstance.

Pas besoin qu’elle le dise :  ça se sent, ça se voit… ça se comprend.

Une toubiba, une psychologue. Je lis dans leurs yeux (c’est écrit en rouge fluo) qu’un monsieur qui tient la main d’une fille enceinte ne peut être que l’infâââme géniteur. La pensée me traverse, bien sûr, de rompre ce malentendu, mais le plus important est tellement ailleurs, alors je me focalise sur l’important.

Une analyse sanguine nous avait informés de cette grossesse, mais on nous propose néanmoins une écho de contrôle. Nous sommes tous deux au bord des larmes, on subit l’écho sans discuter… aussi parce que ça éloigne l’aspirateur de quelques minutes :  ici, on ne propose pas la dernière cigarette et le p’tit cognac, alors on prend l’échographie… tout est bon à prendre.

Veuillez me pardonner :  il peut paraître outrecuidant que j’ose ouvrir ma grande gueule pour parler de sa douleur, la sienne, oui :  elle ne m’appartient pas. Mais comme elle ne viendra jamais témoigner, alors je reçois ça comme un devoir.

Sa douleur, donc…

Même si j’étais une brute épaisse, un parpaing, je frémirais quand même, va…  Or il se trouve que je suis plutôt empathique, alors pour ne pas vous saouler avec trente lignes, et par respect pour elle, je vous dirai juste qu’elle a eu vraiment mal, dedans, dehors, partout.

Voilà :  on nous dit que c’est fini (ça ne fait que commencer :  je ne vous apprends rien, là…), d’ailleurs la toubiba se lave déjà les mains à la Ponce Pilate, en nous tournant le dos, tandis que la psy, qui est gentille, va formuler deux-trois recommandations laconiques concernant l’existence de la contraception, en me lançant des coups d’oeil à la dérobée tandis qu’elle s’adresse à mon amie, dont la méconnaissance du français est passée visiblement inaperçue, bien que j’en aie fait état au préalable.

Dans les films de méchants, il y a toujours un méchant et un gentil pour les interrogatoires musclés. Ici aussi, il y a une vraie méchante et une fausse gentille. Rassurez-vous :  ces deux praticiennes sont clairement de bonnes personnes, j’en atteste. Juste désemparées, vraisemblablement…

Nous voilà dans la rue.

Je vais demeurer quarante-huit heures auprès de mon amie, je ne lui lâcherai la main que pour remplir les bouillottes, ou pour aller faire pipi (vite).

Je la laverai dans un bain chaud, la masserai, lui prodiguerai tout l’amour que la vie m’a offert, nous pleurerons encore souvent ensemble, et pas seulement durant ces quarante-huit heures.

Je ne suis ni son amant, ni le géniteur, je tente juste d’être digne de l’amitié qui nous unit.

Dans les trois ans qui suivirent, et nonobstant que je lui aie scrupuleusement appris dans sa langue l’utilité de la contraception, elle va me cacher cinq avortements supplémentaires, que j’apprendrai par des voies indirectes, après coup.

Ses arguments :  le géniteur ne supporte pas le latex, et la pilule et le stérilet sont moins puissants que sa fertilité.

Bientôt douze ans plus tard… je m’interroge encore. Tous azimuts.

                                                                                                                      *

Suite du mail précédent…

 Pardonnez-moi, j’étais troublé de me remémorer tout cela, à telle enseigne que j’ai omis de vous préciser ceci :  mon sentier a croisé plein de femmes enceintes seules et douloureuses, et plein de femmes fraîchement avortées.

  

 Ce cas de figure n’est ni unique, ni le pire, ni le meilleur (termes incongrus ici, à mes yeux).

  

 Je n’ai rien ajouté car j’ose espérer que vous ne manquerez pas d’autres témoignages, puis je ne désire pas prendre trop d’espace :  la lutte des femmes appartient aux femmes, et j’ai beau me présenter souvent comme une femme dans un corps d’homme, ici je souhaite me faire tout petit.

 

Mais je me tiens à votre disposition pour toute question, tout éclaircissement que vous pourriez désirer obtenir.

                                                                                                                         ***

Bonjour, 

Je ne sais pas vraiment comment introduire ceci, je vais donc droit au but.

Cela faisait seulement 3 mois que j’étais avec mon copain quand j’ai appris que j’étais enceinte et j’avais 17 ans. J’ai donc décidé d’avorter, mais j’ai eu le courage et la possibilité d’en parler à ma famille…Ce qui j’avoue m’a vraiment aidée

Je suis donc toujours allée accompagnée lors de mes rendez-vous (copain, soeur, mère,…).

Je me rappelle que sur un tableau noir dans la salle d’attente il était écrit un message plus ou moins comme « Le temps de nos rendez-vous avec nos patients peuvent varier. Nous avons décidé de le prendre s’il le faut, nous ne travaillons pas à la chaîne »

Le premier rendez-vous était surtout remplis d’informations, le personnel était vraiment agréable et à l’écoute. Je ne saurais plus dire dans quel ordre je les ai vus, mais j’ai discuté avec une psychologue: elle m’a posé plusieurs questions. Je suppose qu’elle voulait voir si j’avais besoin d’un suivi psychologique après l’intervention? Je ne sais pas, elle me l’a sans doute expliqué mais ma mémoire me fait parfois défaut. J’ai aussi vu un gynécologue pour frottis, prises de sang etc,.. Je ne me rappelle plus vraiment quelle était la fonction de la dernière dame avec qui j’avais rendez-vous (ceci toujours le même jour) mais en résumé elle a bien réexpliqué tout ce que les deux autres spécialistes m’avaient bien dit avant cela. 

J’ai ensuite fixé un rendez-vous pour une échographie, car il y a deux sortes d’avortements possibles; par médicament ou par « aspiration » selon le développement du foetus.

Ici, à Liège, le délais d’attente obligatoire pour l’IVG est d’une semaine.

Passée cette semaine, je m’y rendais de nouveaux pour l’opération.

Un médicament pour dilater le col + un médicament pour se décontracter et me voilà sur la table.

Il y avait avec moi la gynécologue (logique!) mais aussi une sage femme et mon copain. Ayant une grossesse trop avancée pour les médicaments, j’ai subi la deuxième solution et celle-ci s’est vraiment bien passée, la douleur était supportable (même si chacun ne la gère pas de la même manière). J’ai encore eu quelques rendez-vous après cela, j’étais bien suivie.

A chacun des rendez-vous, avec toutes les personnes que j’ai pu rencontrer, on me demandait toujours si je n’avais pas des questions, on m’expliquait toujours tout, on me rassurait, etc…

Il est vrai que j’ai eu la chance d’être accompagnée pour cela, car je l’ai bien vécu. Mais je me rappelle avoir vu des femmes de tous les âges, parfois seules ou non, mais paraissant si tristes..

Mon conseil serait que si vous en avez la possibilité, faites-vous accompagner pour cette démarche car cela peut être très lourd psychologiquement pour certaines. Au niveau du Centre de Planning familial je n’ai aucune critique négative à faire.

Voilà, j’espère avoir pu vous aider

Bien à vous 

***

On m’a offert un livre récemment qui traite des mères adolescentes. En tant que féministe et en tant que (jadis) jeune mère seule, je m’y intéresse. Je lis beaucoup sur ces femmes, sauf que ce qu’on peut lire ne parle pas de femmes, mais d’un « phénomène social » qui serait l’agrégation d’un groupe homogène, même si on peut y reconnaître quelques sous-catégories. Souvent seules, donc coûteuses pour l’Etat, jeunes, donc immatures, tantôt dépeintes comme de mauvaises mamans, productrices à la chaîne de sociopathes sans attaches ; tantôt comme des victimes, des incubatrices fertilisées sans agencéïté aucune, gardiennes endormies au goal. En cause ? Non pas le patriarcat ni ses injonctions à la disponibilité sexuelle, mais une éducation à la contraception défaillante. Ce livre ne fait pas vraiment exception, mais une autre manière de voir les choses y est évoquée en passant : la grossesse adolescente portée à terme serait pour certaines une forme de subversion. Cette idée me parle tellement que j’en ai presque les larmes aux yeux. C’est la première fois que je me retrouve dans une explication de ce « phénomène », que j’ai vécu comme une série d’actes et surtout de décisions qui m’étaient propres.
De manière générale, je ne me retrouve pas dans les discours autour de la maternité. Instinct maternel, destin naturel ? Non merci. La maternité comme soumission au patriarcat ? Non plus. J’entends les féministes, parlant du droit à l’IVG et de la vigilance nécessaire, évoquer la pression qu’elles connaissent de devenir mères, de ne pas avorter, et je tends toujours l’oreille, curieuse, intéressée, mais sans m’y retrouver. Je vois les injonctions à la maternité dans les médias, dans les discours politiques, dans les structures institutionnelles même, et je m’aligne politiquement, sans hésitation, en fonction de ce qu’on me dit être une doxa généralisée, tout en gardant en tête que dans ma microsociété de mes 18 ans, c’était tout le contraire : les filles bien y baisaient, mais si elles tombaient enceinte, elles avortaient, le désir de devenir mère étant une sorte de preuve de soumission, un truc de pauvres et d’immigrées. Chez moi, on est éduquée, ambitieuse, et sexuelle. Qui dit maternité dit réduction au moins temporaire de la disponibilité sexuelle des femmes, et à 18 ans, on devait encore être uniquement au service des hommes. Tout autre élément qui occupe, qui réduit l’attention qu’on leur porte, est donc hérétique. Devenir mère très jeune, c’est encore pire : c’est emprunter l’ascenseur social dans le mauvais sens. Je n’ai jamais entendu personne parler de ces injonctions, que j’ai toujours ressenties comme étant les principales. Suis-je seule à les avoir connues?
Je suis tombée enceinte; pas trop jeune, certes, mais n’étant qu’en 4ième secondaire (en professionnel en plus, une lettre écarlate dans mon milieu), et le père étant sans papiers, je n’étais visiblement pas une candidate crédible à la maternité. Du moins, c’est ce que les nombreu.ses.x mandaté.e.s, médecins, AS, psy, m’ont fait ressentir. La gynéco : « J’imagine que c’est une mauvaise nouvelle pour vous. » La psy : « Etes-vous vraiment sure d’être capable d’assumer un enfant ? Vous êtes vous-même encore une enfant. » Les regards des docteurs à l’hôpital, d’un infirmier en particulier qui était chargé de m’observer à la maternité, pour voir si ma fille n’était pas à risque (« Mademoiselle, quand vous rentrez vous aller devoir le faire toute seule alors montrez-moi que vous en êtes capable. »). Les présomptions de négligence, de violence, de dépression ; la surprise de me voir lire des bouquins sur la parentalité, de voir que je SAIS que les bébés ça ne boit pas du coca, qu’il faut faire attention de bien tenir leur tête, etc. Puis l’assistante sociale envoyée chez moi. Je pensais à l’époque que c’était une généralité, que tous les nouveaux parents connaissaient ces visites surprises de mandaté.e.s qui leur posent des questions intimes sur leurs (supposées) envies de violences ou crises dépressives, qui regardent d’un oeuil jugeant le linge qui s’accumule dans le panier, les miettes sur la table de la cuisine. Oui, c’était un peu le bordel, j’étais crevée, j’avais mes problèmes pour gérer, comme tout nouveau parent, mais ces petits soucis revêtaient chez moi une signification qu’elles n’auraient pas eue si j’étais une employée de 30 ans avec un mari qui parlait français ; si j’habitais une maison à Uccle plutôt que dans un minuscule appart sur un grand axe à Schaerbeek. Ah oui, et l’allaitement. Au début, l’AS était étonnée que je fasse ce « choix d’adulte » mais passé un an, ça redevenait un élément qui devait être du à un manque d’éducation. Je « faisais du mal à ma fille » en l’allaitant jusqu’à ses deux ans.
Sceptique que je puisse m’en sortir, tous. Me faisant comprendre que je devrais avorter de cette enfant, que pourtant je voulais, pour une raison ou une autre. A 18 ans, j’en faisais 15, et me baladant avec un ventre énorme, ou sortant mon sein dans la file à l’ORBEM, les regards ne disaient pas « c’est beau de voir une femme remplir son destin de maman, bravo brave fille », ils disaient « encore une fille irresponsable qui bat surement son gosse. » Bon, j’extrapole un peu, mais moins que vous ne pourriez penser. Puis les remarques aussi, quand t’es jeune, on se permet des « Vous allez l’étouffer avec votre sein ! » ; des «Pourquoi elle pleure ? ». Pour moi, c’était donc subversif de la garder. C’était subversif de plutôt bien m’en sortir, de défier les attentes. C’est encore subversif : ma fille a 9 ans maintenant, et quand elle connaît des trucs que seuls les bourges ayant fait tout dans les temps ne devraient connaître, ça étonne encore. Une gamine et un sans papiers l’ont produite, comment se fait-ce qu’elle ait des livres à la maison ? Puis déjà si je suis tombée enceinte ça montre bien notre niveau d’éducation, n’est-ce pas ? Tout le monde sait qu’il n’y a que les pauvres analphabêtes qui tombent enceintes. Et quand je parle de ça, de ce regard jugeant que j’ai connu, on me dit que c’est parce que je ne suis pas comme les autres, que les généralités tiennent quand-même, qu’ils ont raison de me juger, de me surveiller, que ce paternalisme qui pense te connaître parce que t’as fait un choix qu’il n’aime pas, parce que t’as fait le choix de faire partie d’une catégorie marginalisée, de devenir « adomaman », est justifié globalement, si pas pour l’aberration statistique que je suis.
Certes, j’étais presque adulte ; mes parents sont universitaires, même si financièrement ce n’était pas la joie. J’ai pu moi-même terminer mes secondaires et obtenir un master par la suite. J’ai des avantages sur le marché de l’emploi que les plupart des adomamans ne connaissent pas ; j’en suis consciente, et reconnaissante. Je m’en sors plutôt bien. Je ne suis pas représentative, ou du moins pas clichée, et je ne nierai jamais les privilèges que j’ai connus. Mais si je fais exception, ce n’est pas parce que je suis exceptionnelle. Premièrement, là où j’ai emprunté un chemin différent de mes camarades de classe sociale, ce n’est pas le moment où le spermatozoïde a rencontré l’ovule, mais au moment où j’ai refusé d’écouter les mandaté.e.s, où j’ai choisi de garder cette créature, au départ si étrangère, en moi, jusqu’à pouvoir la rencontrer. Deuxièmement, j’étais outillée, dans une certaine mesure, à m’en foutre de ce que les gens pouvaient penser de moi ; formée à faire le contraire de ce qu’on me disait. Et plus tu es perçue comme étant « pas comme les autres », plus tu peux le devenir, accédant à des boulots auxquels elles n’ont pas droit, par exemple.
On peut se demander pourquoi la plupart des très jeunes mères viennent de milieux défavorisés, pourquoi certaines avortent et d’autres portent leurs enfants à terme. Dans cette situation précise, n’y a-t-il pas une perception d’incompatibilité entre être une fille bien et être maman jeune ? Est-ce possible que plus certain.e.s mandaté.e.s voient leurs charges comme des « filles bien », capables de réaliser d’autres fonctions que celle de mère, plus elles les poussent vers l’IVG ? Et moi, j’étais une fille bien : j’étais blanche, anglophone et j’avais deux parents, ce qui rendait mon choix incompréhensible. Une AS m’a dit, et je cite « C’est quand-même bizarre qu’une fille avec des parents comme les vôtres tombe enceinte. » Ah bon. Aujourd’hui, on me félicite d’avoir « géré ». Et autant je suis plutôt satisfaite de la série de décisions qui m’ont amenée jusqu’ici, autant je suis rassurée à entendre ces compliments, ça me fait mal pour « ma » catégorie d’être considérée comme exceptionnelle parce que ça va. C’est dur de garder un enfant accidentellement conçu. C’est vraiment très dur. Si j’ai l’air de mieux gérer que celles que l’on voit dans les documentaires anglais sur cette catastrophe sociale que nous sommes, c’est parce que j’ai eu de la chance, c’est tout. Ma relative réussite n’est pas le fait d’une aberration statistique : cessons l’essentialisation des jeunes mères. Les mères ado sont toutes différentes, mais je conclurai quand-même avec un amalgame, pour au moins fournir une alternative à notre essentialisation mainstream, à défaut de pouvoir détruire cette dernière : ce sont des résistantes, autant que des victimes.

Je ne remets aucunement en cause la réalité de l’injonction à la maternité, de plus en plus décomplexée, ainsi que les problèmes d’accès à la contraception et à l’IVG, mais ce que j’ai connu était autre, en substance si pas en essence. Suis-je seule a avoir connu cela ? Je suis devenue bête et bonne à rien aux yeux de certain.e.s en devenant maman. Aujourd’hui je me bats pour maintenir le droit à l’IVG, et parallèlement, j’aimerais qu’on commence à reconnaître le caractère subversif et la difficulté que peut engendrer le choix de garder son enfant. Tout comme les femmes sont toujours trop sexy ou pas assez, nous sommes aussi toujours trop maternelles ou pas assez, trop « carriéristes » ou pas assez. On ne peut pas gagner, ou pas encore, mais on se bat comme on peut ; la subversion de l’une est le conformisme de l’autre, alors arrêtons de nier a priori l’agencéïté, l’esprit et la force des mères ado, ni de celles qui n’empruntent pas ce chemin. Parlons plutôt de comment les mandaté.e.s tentent de contrôler nos choix ; de cette impasse que connait toute femme qui fait que ses décisions ne seront jamais entièrement légitimes, parce que toujours soumises à l’approbation de l’assemblée et déplaisant toujours à quelqu’un.

***

Une vraie boucherie. C’est ce qui me vient à l’esprit quand je repense à mon avortement.
C’était une décision que j’avais faite avant l’heure. J’avais 17 ans et dans le monde que je croyais m’être créé, pour une raison ou une autre, il n’y avait pas d’autre alternative. « Quand on a 17 ans et qu’on tombe enceinte, ben, on avorte, c’est tout ».
Je sortais avec ce garçon et j’avais cette étrange idée en tête que je n’étais pas fertile,
probablement parce que je ne me considérais pas comme un être sexuel. Je ne connaissais pas le plaisir. Je ne savais pas dire non car j’avais besoin d’exister et, pour mille autres raisons encore, je m’offrais aux hommes.
J’avais donc un copain qui disposait de mon corps à sa guise sans qu’on se protège suffisamment et c’est lui qui a remarqué que j’étais en retard de 3 semaines. Pour moi, à ce moment-là il n’y avait pas d’inquiétude. Je m’étais dit que si j’étais vraiment enceinte, j’avorterais sans aucun doute et que ce n’était pas la mer à boire, que ce serait une simple opération. C’était en fait plus qu’un océan…
Le jour où mon médecin m’a confirmé que j’étais enceinte, j’étais avec une amie. C’était la seule qui était au courant. J’étais très pragmatique par rapport au protocole à suivre pour avorter. Je ne me posais pas plus de questions que ça et j’ai donc pris rendez-vous à la Free clinique. J’ai dit à mon amie que tout allait bien et je suis rentrée chez moi. Mais lorsque la nuit est tombée, toute mon éducation catholique familiale et scolaire m’est revenue… J’ai senti une grande culpabilité. Je me disais que j’étais une meurtrière. Comme ma mère était donc catholique et qu’elle m’avait toujours avertie que ce serait la pire des choses que je tombe enceinte, j’ai voulu le lui cacher pour ne pas attirer ses foudres. Je ne sais plus trop à quel moment elle a deviné. J’allais trop mal après plus ou moins une semaine et elle m’a tiré les vers du nez. Heureusement, elle a eu une réaction formidable. Elle m’a rassuré et m’a dit que ce n’était pas si grave, qu’elle n’étais pas fachée et que, quoi que soit ma décision, elle me soutiendrait.
J’étais soulagée et en même temps elle a semé le doute chez moi. « Tu veux le garder ? » m’a-t-elle demandé. Je ne m’étais pas posé la question. Je suis contente d’avoir pu prendre un temps de de réflexion pour tout de même me décider.
J’ai vu une psy. C’était, me semble-t-il, obligatoire pour avorter. Je pense qu’on m’avait donné 2 semaines pour réfléchir.. Je ne me souviens pas du tout de cet entretien tellement il était insignifiant. Je n’ai jamais réellement compris le rôle d’un tel entretien. Soutien, contrôle ? En tout cas, ça ne m’a pas aidée.
J’ai finalement suivi ma première intuition et j’ai donc décidé d’avorter. Etant donné que je n’ai pas eu rendez-vous tout de suite et qu’il y a 2 semaines de délai de réflexion, au final, j’ai avorté à 2 mois de grossesse…
Le jour de l’avortement, ma mère et mon copain m’ont accompagnée. Ma mère a attendue dehors et mon copain est venue avec moi. J’avais pris une pilule 2 heures avant pour dilater l’utérus, je pense. Le gynécologue n’avait pas l’air très content….
Ca s’est fait par aspiration. Il m ‘est presque impossible de décrire cette douleur. J’ai cru qu’on allait vider tout ce que j’avais à l’intérieur de mon corps. Je ne suis pas sûre d’avoir perdue connaissance mais j’ai perdue pied, j’étais un animal en furie. J’hurlais de rage et de douleur et insultais mon copain de tous les noms. Je l’ai mordu à sang, lui ai balancé que tout était sa faute et que j’allais crever sur place.
On ne m’avait pas prévenue. On ne m’avait pas dit que j’allais avoir mal comme jamais je l’aurais imaginé, que je verrais autant de sang giclé littéralement sur la blouse du gynécologue, que je sentirais le plus profond de moi se déchirer avec autant de violence, que je sentirais la vie et la mort entre mes cuisses. Je n’étais clairement pas préparée. Je ne me souviens plus bien de la suite…
Nous sommes rentrées chez lui après ça, tous les 2 vidés. Je lui en voulais terriblement. Je me disais que lui, il avait utilisé mon corps, avait joui dedans et que moi au final, je ne savais pas ce que c’était que de prendre son pied mais que par contre avoir mal, ça je savais. Je trouvais ça beaucoup trop injuste. Je me disais que si j’avais au moins profiter de ce corps, le jeu en aurait un peu plus valu la chandelle. Mais ce n’était pas le cas. On était tous les deux responsables mais c’est moi qui ramassait tout.
Ce soir-là par contre, j’ai vu que nous étions deux à avoir mal. Je me suis enfermée dans les toilettes pendant longtemps et il est venu, s’est accroupi, a posé sa tête sur mes genoux et a pleuré longuement. Il l’avait vécu avec moi et était aussi traumatisé.
Je n’ai pas été capable de parler de cet événement pendant plusieurs années. Je pense qu’il m’a fallu 6 voire 7 ans pour guérir, pour découvrir finalement l’épanouissement sexuel.
A l’heure actuelle, même si je suis absolument convaincue d’avoir fait à l’époque ce qui était juste pour moi et pour l’enfant que je n’ai jamais eu, même si 14 années ont passée et qu’elles m’ont confirmé que c’était le bon choix, lorsque j’entends qu’on remet en cause la décision d’avorter, la culpabilité montre tout de même un peu le bout de son nez.
A.
                                                                                                                    ***
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2 thoughts on “L’IVG, c’est du vécu : Recueil de témoignages

  1. J’ai trouvé un accueil professionnel et chaleureux au Collectif Contraception. J’ai pu ainsi procéder à l’IVG médicamenteuse dans des conditions optimales. Dans un cadre sécurisant sans être à l’hôpital. Les conseils, tant psychologiques que médicaux étaient précieux. Tout s’est bien passé. Après quelques jours, je reprenais une vie « normale ».

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